mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202277 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ANEGAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 avril 2022, M. B, représenté par Me Anegay, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 11 avril 2022 par lequel la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.
M. B soutient que :
- il a le droit à un titre de séjour en raison de sa qualité de ressortissant de l'Union européenne ;
- l'arrêté attaqué est illégal en l'absence d'examen approfondi de sa situation ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où son comportement ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il lui refuse le bénéfice du droit au séjour permanent ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, la Préfecture de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Anegay, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant roumain, né le 1er août 2000, est entré en France en 2019. Le 10 avril 2022, il a été interpellé par les services de la gendarmerie nationale pour des faits de vols aggravé par deux circonstances (réunion et escalade). Le 11 avril 2022, la préfète de la Drôme a pris à son encontre l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de la Drôme tirée de la tardiveté :
2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux mesures prises sur le fondement de l'article L. 251-1 en vertu de l'article L. 251-7 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Aux termes, d'autre part, du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. (). ". Aux termes du II de l'article R. 776-5 du même code : " Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. / (). ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté de la préfète de la Drôme a été notifié à M. B le 11 avril 2022 à 16H50, avec mention des voies et délais de recours. La préfète de la Drôme oppose en défense une tardiveté de la requête de M. B. Toutefois, la présente requête a été enregistrée au greffe du tribunal le 13 avril 2022 à 12H26, soit dans le délai de recours contentieux de quarante-huit heures prévu par les dispositions précitées. Par suite, la fin de non-recevoir présentée par la préfète de la Drôme doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ". Aux termes des dispositions de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes:/[]/ 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. /[]/ L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français est fondée sur le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé ayant été interpellé, le 10 avril 2022, par les services de gendarmerie et placé en garde-à-vue pour des faits de vol en réunion avec escalade pour lesquels il a fait l'objet d'un rappel à la loi. Il s'ensuit que la préfète de la Drôme a fondé sa décision sur la seule existence d'une infraction à la loi, sans apprécier, dans son arrêté, l'ensemble des circonstances relatives à la situation de M. B mentionnées au point 5. Si dans le cadre de son mémoire en défense, la préfète de la Drôme soutient qu'elle a également tenu compte de la situation du requérant particulièrement de la durée du séjour de l'intéressé en France (moins de cinq ans), de son âge (22 ans dont plus de 19 ans au moins en Roumanie), de son état de santé (absence de déclaration), de sa situation familiale (absence de preuves de la présence des membres de sa famille) et économique (absence de preuves de la réalité et de l'effectivité de l'activité d'ouvrier agricole), de son intégration sociale et culturelle dans l'État membre d'accueil (absence de maîtrise de la langue française) et de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine, il ne résulte pas de la rédaction de la décision attaquée, qui mentionne uniquement que " l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales", que la préfète de la Drôme ait procédé à un tel examen avant l'intervention de la décision attaquée.. En outre, les éléments retenus dans l'arrêté attaqué ne peuvent être regardés comme caractérisant un comportement constituant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la suite, M. B est fondé à soutenir que la préfète de la Drôme a méconnu les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2022.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 avril 2022 par lequel la préfète de la Drôme a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président-rapporteur,
Mme Frapolli, première conseillère,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022
Le président-rapporteur,
C. C
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
I. FRAPOLLI
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026