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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202298

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202298

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202298
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLETELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2022, M. D A, représenté par Me Letellier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel le préfet de la Drôme lui a refusé un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de réexaminer son droit au séjour et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour sous 10 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* S'agissant du refus de titre de séjour :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en raison des nombreuses erreurs de fait ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le droit à être entendu.

Par un mémoire enregistré le 14 juin 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 4 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Letellier pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 27 novembre 1985, a déclaré être arrivé en France en juin 2018. Le 5 octobre 2021, il a déposé une demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 décembre 2021, le préfet de la Drôme a rejeté sa demande, et lui a fait obligation de quitter le territoire français sous trente jours.

Sur la compétence de la signataire de l'acte :

2. Mme C, directrice de cabinet de la préfète de la Drôme, disposait à cet effet d'une délégation de signature par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Drôme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 423-23 alinéa 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ".

4. Le requérant, qui s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Par ailleurs, la conclusion d'un pacte civil de solidarité en date du 6 mars 2019 avec une ressortissante française n'emporte pas à elle seule la délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire. Compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de l'intéressé, qui n'y est présent que depuis trois ans, du caractère relativement récent de son PACS alors qu'aucun enfant n'est né de cette union, de la possibilité de solliciter un visa long séjour auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises dans son pays d'origine, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Dans ces conditions, en dépit des attestations produites, la préfète de la Drôme n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la préfète de la Drôme aurait violé les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Si M. A indique percevoir des revenus de Facebook et Google, sa compagne a certifié sur l'honneur le 2 août 2021 " assumer financièrement et autres M. A ". En outre, il ressort des relevés bancaires fournis par le requérant qu'une grande partie des sommes perçues font l'objet d'un virement international au profit d'une tierce personne. Ainsi, le requérant ne saurait soutenir que le préfet a commis une erreur de fait en indiquant qu'il était entièrement pris en charge par sa partenaire bénéficiaire d'une pension de retraite.

6. M. A est entré dans l'espace Schengen le 13 juin 2018 à Bonn muni d'un visa court séjour et n'établit pas la date de son entrée sur le territoire français qui ne saurait être établi par une attestation de sa partenaire. Aucune erreur de fait ne peut donc être reproché au préfet de la Drôme sur ce point.

7. M. A s'est maintenu sur le territoire de façon irrégulière dès lors qu'il déclare être entré en juin 2018 et qu'il a débuté ses démarches pour obtenir un titre de séjour le 28 mai 2020. Il ne saurait reprocher au préfet une erreur de fait sur ce point alors que la durée d'instruction de son dossier, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.

8. Eu égard à ce qui vient d'être dit, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. M. A soutient que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit d'être entendu du fait qu'il a été pris alors qu'il n'a pas été invité à présenter des observations préalablement à son édiction. Il a cependant conservé la faculté, pendant la durée de l'instruction de son dossier de demande de titre de séjour et avant l'intervention de l'arrêté contesté, de faire valoir en préfecture tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu de cette mesure. En tout état de cause, le requérant ne fait état d'aucun élément qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration de nature à influer sur le contenu de cette mesure. En conséquence, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreintes ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Letellier et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

E. B

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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