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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202308

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202308

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL ALBAN COSTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, M. B A, représenté par Me Costa, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2022-GEG 35 du 25 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

Par un mémoire enregistré le 8 juin 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2022:

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Costa, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 17 septembre 1964, a épousé le 17 septembre 2018, en Algérie, une ressortissante française, Mme C D. Il est entré en France en 2019 et a demandé le 13 mars 2020 un certificat de résidence en qualité de conjoint de français. Dans la présente instance, il demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susvisé du 25 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a opposé un refus à sa demande avec obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation:

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête ;

2. L'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule que : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2°) Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2° ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ". L'article 7 bis du même accord stipule que : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour () : Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues au l'article 6 alinéa 2 et au dernier alinéa de ce même article ; () ".

3. Il résulte de la combinaison de ces stipulations, d'une part, qu'elles ne font pas obstacle à ce que le préfet, s'il est établi de façon certaine que le mariage d'un ressortissant étranger avec un conjoint de nationalité française a été contracté dans le but exclusif d'obtenir un titre de séjour, fasse échec à cette fraude, et d'autre part, que si la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans est subordonnée, notamment, à une communauté de vie effective entre les époux, cette condition n'est pas exigée pour la première délivrance du certificat de résidence d'un an aux ressortissants algériens.

4. D'une part, l'arrêté attaqué a été pris au motif que M. A a quitté le domicile conjugal le 9 avril 2021 et qu'il n'établissait pas l'existence de liens matrimoniaux ni celle d'un projet de vie commune. Toutefois, l'enquête de communauté de vie produite en défense a constaté la présence de M. A et de son épouse à leur domicile lors d'une visite inopinée en décembre 2020, réalisée dans le cadre de cette enquête. En outre s'il est constant qu'à la date du refus de séjour, la communauté de vie entre les époux avait cessé, cette communauté ne conditionne pas la première délivrance du certificat de résidence d'un an aux ressortissants algériens, ainsi qu'il vient d'être dit au point précédent.

5. D'autre part, en défense, le préfet de l'Isère invoque un nouveau motif tiré de la fraude qui aurait consisté, pour M. A, à contracter un mariage dans le but exclusif d'obtenir un titre de séjour. Il se fonde sur une circonstance de fait, citée dans l'arrêté attaqué, tirée de ce que " l'intéressé a été entendu par les forces de l'ordre pour des faits d'appels téléphoniques malveillants réitérés par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, commis entre le 9 avril 2021 et le 18 juillet 2021 ". Dans son mémoire en défense, le préfet de l'Isère se prévaut également de l'enquête de communauté de vie, au cours de laquelle l'épouse du requérant a déclaré que M. A ne participait " en rien à la vie de couple ". Toutefois, ce dernier élément n'est qu'un extrait d'un passage qui, dans son intégralité, révèle l'existence d'une véritable relation entre les intéressés. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le 25 juin 2021, l'épouse du requérant a porté plainte au commissariat de police central de Grenoble à l'encontre de M. A, l'accusant notamment de menaces de mort proférées par téléphone à compter du 9 avril 2021, période à laquelle M. A, ayant quitté le domicile conjugal, aurait alors entrepris de faire pression sur Mme D pour obtenir un certificat d'hébergement, révélant par là-même, selon l'intéressée, que le mariage aurait été contracté dans le seul but d'obtenir un titre de séjour. Toutefois, M. A conteste être l'auteur des menaces et cette seule plaine ne suffit au demeurant pas à caractériser une fraude au sens du principe énoncé au point 3, alors notamment que le couple ne s'est séparé qu'après plus de deux ans de vie commune. M. A est dès lors fondé à soutenir que le préfet de l'Isère a, par l'arrêté précité, méconnu les stipulations précitées du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 25 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ". Aux termes de l'article L. 911-2 de ce code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ".

8. Le requérant demande au tribunal d'enjoindre au préfet de l'Isère, dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Ainsi, la mesure d'exécution doit, en l'espèce, eu égard aux conclusions dont a été saisi le tribunal, être limitée au seul réexamen de la situation de M. A après remise d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'adresser au préfet de l'Isère une injonction en ce sens et de lui impartir un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 900 euros à verser à Me Costa, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3: L'Etat versera à Me Costa la somme de 900 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

I. E

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2202308

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