Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 avril 2022 et le 22 janvier 2024, Mmes A..., représentées par Me Laumet, demandent au tribunal :
1°) d’annuler la décision par laquelle le président de la commune d’agglomération de Thonon-Agglomération a implicitement refusé d’inscrire à l’ordre du jour du conseil communautaire leur demande de classement des parcelles cadastrées section B n° 517, 519, 520 et 832 en zone UD du plan local d’urbanisme ;
2°) d’enjoindre au président de convoquer le conseil communautaire et de mettre à l’ordre du jour des délibérations du conseil communautaire leur demande de classement des parcelles cadastrées section B n° 517, 519, 520 et 832 en zone UD du plan local d’urbanisme dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) subsidiairement, d’annuler la décision par laquelle le président de la communauté d’agglomération de Thonon-Agglomération a implicitement refusé d’inscrire à l’ordre du jour du conseil communautaire leur demande de classement des parcelles cadastrées section B n° 517, 519, 520 et 832 en zone 1AUd du plan local d’urbanisme, classement éventuellement complété par des orientations d’aménagement et de programmation ;
4°) d’enjoindre au président de convoquer le conseil communautaire et de mettre à l’ordre du jour des délibérations du conseil communautaire leur demande de classement des parcelles cadastrées section B n° 517, 519, 520 et 832 en zone 1AUd du plan local d’urbanisme dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Thonon-Agglomération une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le classement de leurs parcelles en zone agricole est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- le classement de leurs parcelles en espace naturel présentant le caractère d’une coupure d’urbanisation est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, la communauté d'agglomération Thonon-Agglomération, représentée par Me Mollion, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérantes.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérantes ne justifient pas de leur qualité de propriétaire des parcelles en litige ;
- subsidiairement, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Pérez,
- les conclusions de Mme Aubert, rapporteure publique,
- et les observations de Me Laumet, représentant Mme A... et Me Djeffal, représentant la communauté de communes de Thonon-Agglomération.
Considérant ce qui suit :
Par un courrier du 13 décembre 2021, Mmes A... ont demandé au président de la communauté d’agglomération de Thonon-Agglomération d’inscrire à l’ordre du jour du conseil communautaire leur demande de classement des parcelles cadastrées section B n° 517, 519, 520 et 832 en zone UD du plan local d’urbanisme, situées sur le territoire de la comme d’Yvoire. Cette demande a été implicitement rejetée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : « L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ». Lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité de cet acte à la date de son édiction. S'il le juge illégal, il en prononce l'annulation.
Toutefois, l'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte réglementaire illégal réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire d'office en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente, de procéder à l'abrogation de cet acte afin que cessent les atteintes illégales que son maintien en vigueur porte à l'ordre juridique. Il s'ensuit que, dans l'hypothèse où un changement de circonstances a fait cesser l'illégalité de l'acte réglementaire litigieux à la date à laquelle il statue, le juge de l'excès de pouvoir ne saurait annuler le refus de l'abroger. A l'inverse, si, à la date à laquelle il statue, l'acte réglementaire est devenu illégal en raison d'un changement de circonstances, il appartient au juge d'annuler ce refus d'abroger pour contraindre l'autorité compétente de procéder à son abrogation. Il en résulte que, lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.
Dans le cadre d’un recours dirigé contre le refus opposé à une demande d’abrogation d’un acte règlementaire, la légalité des règles fixées par cet acte, la compétence de son auteur et l’existence d’un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées. Il n’en va pas de même des conditions d’édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l’acte règlementaire lui-même et introduit avant l’expiration du délai de recours contentieux.
En premier lieu, aux termes de l’article L. 151-9 du code de l’urbanisme relatif à l’affectation des sols et à la destination des constructions dans le plan local d’urbanisme : « Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger (…) » et aux termes de l’article L. 151-22 du même code : « Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ». Il appartient aux auteurs d’un plan local d’urbanisme de déterminer le parti d’aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d’avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu’au cas où elle serait entachée d’une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
Il ressort des pièces du dossier que les parcelles appartenant à Mmes A... sont vides de toute construction. Le terrain en litige est bordé par une zone naturelle au Nord-Ouest, une zone agricole au Sud et à l’Est, et une zone urbaine à ses extrémités. Si les requérantes soutiennent que ces parcelles ne sont plus utilisées aujourd’hui, il ressort d’une photo satellite produite par la commune qu’elles ont été récemment utilisées pour un usage agricole. En outre, le projet d’aménagement et de développement durables de la communauté d’agglomération classe ces parcelles en espace périurbain de développement modéré, qui vise à maintenir l’existant, à encadrer la densification du tissu bâti et à prévoir une densité modérée. Les principes d’urbanisation applicables à ces espaces ne permettent pas l’extension du tissu urbain. Dans ces conditions, Mmes A... ne sont pas fondées à soutenir que le classement en zone agricole de leurs parcelles serait entaché d’une erreur manifeste d’appréciation. Par suite, c’est à bon droit que le président a refusé d’inscrire à l’ordre du jour du conseil communautaire l’abrogation sollicitée par les requérantes.
En second lieu, aux termes de l’article L. 121-22 du code de l’urbanisme : « Les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme doivent prévoir des espaces naturels présentant le caractère d'une coupure d'urbanisation. ».
Il ressort des pièces du dossier que les parcelles en litige ont été classées comme espace naturel présentant le caractère d’une coupure d’urbanisation par le schéma de cohérence territoriale du Chablais. A cet égard, le document d’orientation et d’objectifs de ce schéma précise que les coupures d’urbanisation couvrent des espaces non construits ou faiblement urbanisés à dominante naturelle ou agricole situés entre deux ou plusieurs enveloppes urbanisées, pouvant occuper une fonction de corridor écologique ou un lien paysager et visuel avec le lac, et qu’un principe général d’inconstructibilité s’y applique. En l’espèce, les parcelles objet du litige sont situées à proximité du rivage, elles sont dépourvues de toute construction et ont précédemment fait l’objet d’un usage agricole. En outre, elles jouxtent une zone naturelle, ainsi qu’une large zone agricole. Au nord-ouest, la parcelle est située en bordure d’un espace boisé. Dans ces conditions, le maire n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en considérant que les parcelles en litige présentaient le caractère d’une coupure d’urbanisation.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mmes A... ne peuvent qu’être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquences, leurs conclusions à fin d’injonction ainsi que ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu de mettre à la charge des requérantes, partie perdante, la somme de 1 500 euros à verser à la communauté d’agglomération de Thonon-Agglomération sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :
La requête de Mmes A... est rejetée.
Article 2 :
Mmes A... verseront la somme de 1 500 euros à la communauté d’agglomération de Thonon-Agglomération sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... en application des dispositions de l’article R. 751-3 du code de justice administrative et à la communauté d'agglomération Thonon Agglomération.
Délibéré après l'audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- M. Hamdouch, premier conseiller,
- Mme Pérez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.
La rapporteure,
T. Pérez
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.