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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202403

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202403

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL BALESTAS DURAND GRANDGONNET MURIDI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, Mme D B, représentée par la SELARL Balestas-Grandgonnet-Muridi et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 16 décembre 2021 par laquelle le département de l'Isère a rejeté sa demande d'agrément d'assistante familiale pour l'accueil de deux enfants, ainsi que la décision implicite du 21 février 2022 portant rejet du recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Isère de lui attribuer un agrément d'assistante familiale dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Isère une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles et de l'article R. 421-5 du code de la sécurité sociale ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles, de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles et du référentiel annexé au code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire enregistré le 20 juin 2022, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête, au motif que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 février 2024 :

- le rapport de Mme Frapolli,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Leurent représentant Mme B,

- et Mme E, représentant le département de l'Isère.

Considérant ce qui suit :

1. Après un premier refus opposé en 2019 par le département de l'Isère, Mme B lui a demandé à nouveau, en décembre 2021, un agrément en qualité d'assistante familiale. Dans la présente instance, Mme B demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 16 décembre 2021 par laquelle le département de l'Isère n'a pas donné une suite favorable à cette demande, ainsi que la décision implicite de rejet rendue sur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation:

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. A, chef de service " Enfance-Famille ", qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 20 mai 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " () Tout refus d'agrément doit être motivé () ". La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

4. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 421-5 du code de la sécurité sociale, relatif au Fonds national de prévention des accidents du travail, est étranger au présent litige et doit être écarté. Si la requérante entendait soulever la méconnaissance de l'article R. 421-5 du code de l'action sociale et des familles, cet article est également inopérant puisqu'applicable aux assistants maternels, exclusivement.

5. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile () ". Aux termes de l'article L. 421-3 de ce code : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside./ Un référentiel approuvé par décret en Conseil d'Etat fixe les critères d'agrément. () ". Aux termes de l'annexe 4-9 de ce référentiel : " L'assistant familial est la personne dont la mission consiste, moyennant rémunération, à accueillir habituellement et de façon permanente à son domicile des mineurs et des jeunes majeurs âgés de moins de 21 ans, séparés de leurs parents, et à prendre soin d'eux au quotidien. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique (). ". Aux termes de la sous-section 1 de ce référentiel " Les capacités et les qualités personnelles pour accueillir des mineurs ou des jeunes majeurs () : / Il convient de prendre en compte la capacité du candidat à :/ 1. Observer, écouter et prendre en compte les besoins particuliers du mineur ou du jeune majeur accueilli pour favoriser son développement physique, affectif, intellectuel et social () ". Aux termes de sa sous-section 4 " La disponibilité et la capacité à s'organiser et à s'adapter à des situations variées" : Il convient de prendre en compte la capacité du candidat à :/ 1. Concilier l'accueil du mineur ou du jeune majeur avec le mode de vie familial, notamment à offrir la disponibilité nécessaire au mineur ou au jeune majeur accueilli au regard de ses activités professionnelles, personnelles et de sa vie familiale./ 2. S'organiser au quotidien, notamment pour l'accompagnement nécessaire du mineur ou du jeune majeur dans ses déplacements./ 3. S'adapter à une situation d'urgence ou imprévue et à prendre les mesures appropriées. 4. Avoir conscience des exigences et des contraintes liées à l'accueil de mineurs ou de jeunes majeurs en situation de handicap ou atteints de maladie chronique. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la synthèse des visites réalisées au domicile de la requérante et d'un entretien avec une psychologue départementale, que Mme B ne souhaite accueillir que de jeunes enfants hors accueil d'urgence, en raison de son incapacité à gérer les crises inhérentes à l'adolescence, posant ainsi des conditions restrictives par rapport aux critères d'agrément fixés par les dispositions précitées. Elle n'est pas non plus prête à accueillir un enfant souffrant d'un handicap lourd. Sa fille, âgée de 15 ans, s'est montrée réservée sur ce projet et il est constant qu'à la date de la décision attaquée, en décembre 2021, la requérante exerçait toujours son emploi de couturière. Dès lors, le président du conseil départemental de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions précitées ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation en refusant d'agréer Mme B en qualité d'assistante familial au motif, notamment, d'un manque de disponibilité et d'adaptation à des situations variées, ainsi que de capacités d'observation et de prise en compte des besoins particuliers de chaque enfant insuffisantes.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les conclusions présentées par Mme B, la partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au département de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2202403

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