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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202485

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202485

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMORLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2202485 le 21 avril 2022, Mme B D, représentée par Me Morlat, demande du tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans les trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué ne disposait pas d'une délégation régulière ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du même code ;

- il méconnaît les stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 16-3 de la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2022.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2202524 le 21 avril 2022, M. E C, représenté par Me Morlat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué ne disposait pas d'une délégation régulière ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du même code ;

- il méconnaît les stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 16-3 de la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est un ressortissant italien. Il déclare être entré en France le 13 février 2014. Il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de citoyen de l'Union européenne du 25 novembre 2019 au 24 septembre 2020. Mme D, sa compagne, est une ressortissante marocaine. Elle déclare être entrée en France le 12 décembre 2018. Par les arrêtés attaqués du 4 septembre 2021, le préfet de l'Isère a refusé de leur délivrer un titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire français dans les trente jours.

2. Les requêtes n° 2202485 et n° 2202524, présentées pour Mme D et M. C, sont relatives au droit au séjour d'un couple de ressortissants étrangers, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur les conclusions en annulation :

3. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ".

4. Pour justifier les refus opposés aux demandes de titres de séjour de Mme D et de M. C, le préfet de l'Isère a estimé que si ce dernier, ressortissant italien, exerçait une activité professionnelle, il ne justifiait pas de ressources suffisantes, pour lui, son épouse et leurs enfants mineurs, afin de ne pas être une charge pour le système d'assistance sociale français. Toutefois, les conditions tenant à l'exercice d'une activité professionnelle en France et à l'existence de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale sont alternatives. En outre, les requérants justifient de ce que M. C a perçu une rémunération mensuelle nette moyenne de 1 461 euros entre avril 2021 et octobre 2021 et de 1 806 euros entre janvier et mars 2022. Ainsi, ils établissent que l'activité professionnelle de M. C ne peut être regardée comme purement marginale ou accessoire. Dans ces conditions, M. C satisfaisait, à la date des arrêtés attaqués, aux conditions énoncées au 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, son épouse est fondée à soutenir qu'elle disposait d'un droit au séjour en vertu de l'article L. 233-2 du même code.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que Mme D et M. C sont fondés à solliciter l'annulation des arrêtés du 4 septembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Isère délivre à M. C et Mme D des titres de séjour portant respectivement les mentions " Citoyen UE/EEE/Suisse-Toutes activités professionnelles " et " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen UE/EEE/Suisse-Toutes activités professionnelles ". Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans les présentes instances, une somme de 1 500 euros à verser à Me Morlat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :Les arrêtés du 4 septembre 2021 sont annulés.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. C et Mme D des titres de séjour portant respectivement les mentions " Citoyen UE/EEE/Suisse-Toutes activités professionnelles " et " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen UE/EEE/Suisse-Toutes activités professionnelles " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :L'Etat versera à Me Morlat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à M. E C, à Me Morlat et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

V. A

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2202524

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