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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202493

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202493

mardi 6 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 20 avril, 10 mai et 21 juin 2022, M. B C, représenté par Me Besson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel le préfet de la Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et lui a opposé une interdiction de séjour pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidaire, au préfet de la Savoie de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission des titres avant de lui refuser la délivrance du titre sollicité ;

- il est entachée d'une erreur de fait sur la durée de sa présence sur le territoire ;

- il méconnaît les stipulations de l'accord franco-tunisien ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Par ordonnance du 22 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, a déclaré être entré irrégulièrement en France au cours du mois de mars 2011. Il a formulé une première demande de séjour le 23 mars 2019 sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 janvier 2020, le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance du titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 24 septembre 2020, le tribunal administratif de Grenoble a confirmé la légalité de cet arrêté. Par la suite, M. C a présenté une nouvelle demande de titre de séjour sur le même fondement. Par un arrêté du 22 mars 2022, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme F D, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par le préfet par arrêté du 25 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. Aux termes des stipulations de l'article 7 ter alinea d de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7 : /- les ressortissants tunisiens qui justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le séjour en qualité d'étudiant n'étant pas pris en compte dans la limite de cinq ans ; () ".

4. En l'espèce, M. C, qui se prévaut d'une entrée en France en mars 2011 et d'une résidence ininterrompue en France depuis cette date, ne justifie pas, par les documents produits, en nombre insuffisants pour les années 2014 et 2015, d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date d'édiction de la décision en litige.

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". Si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. Si la présence en France de M. C de 2011 à 2013 puis à partir du 1er janvier 2016 n'est pas contestée, le requérant n'apporte aucune précision sur les conditions de son séjour pendant ces périodes, il n'a jamais cherché à régulariser sa situation administrative avant 2019 et il ne justifie pas de l'intensité de ses liens avec son fils majeur, alors qu'il n'est pas dépourvu de toute attache en Tunisie où résident sa mère, son épouse, ses deux filles, ses quatre sœurs et ses deux frères. Dans ces conditions et malgré la durée du séjour de M. C, le préfet de la Savoie n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation administrative.

7. Enfin, comme il a été dit au point 4., M. C ne justifie pas de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de la Savoie est irrégulière en ce qu'elle n'a pas été précédée de la saisine pour avis de la commission du titre de séjour et qu'il a été privé de la garantie attachée à un tel avis.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Besson et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

M. E et Mme G, premiers conseillers,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2022.

Le président, rapporteur,

J-P A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

N. E Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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