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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202498

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202498

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2022, M. C B, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de la Drôme lui a refusé un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour lui permettant d'exercer une activité salariée dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* S'agissant du refus de titre de séjour :

- le signataire du refus de titre de séjour ne dispose pas d'une délégation régulière ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure en raison d'un défaut de consultation préalable de la commission du titre de séjour ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- l'administration n'a pas procédé à un examen attentif et particulier de sa situation ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation

* S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors que le refus de titre de séjour est illégal ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 17 juin 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 31 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Albertin pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 22 décembre 1994, a déposé une demande d'admission au séjour le 30 décembre 2021 sur le fondement des dispositions du 5° de l'article 6 de l'accord franco- algérien. Par un arrêté du 16 mars 2022, la préfète de la Drôme a rejeté sa demande, lequel porte également obligation de quitter le territoire français sous trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : ". Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

3. M. B qui réside en France depuis 2018, a épousé le 4 octobre 2017 en Algérie une compatriote titulaire d'un certificat de résidence de 10 ans valable jusqu'en 2027. Son épouse est arrivée en France à l'âge de 2 ans, y réside depuis 20 ans et y a de nombreuses attaches. Elle exerce une activité salariée. De leur union est née en premier enfant en 2019 et un second enfant en 2021. Le jeune âge des enfants justifie la présence à leurs côtés de leurs deux parents. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce et bien que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français et qu'il appartient à une catégorie d'étrangers éligible au regroupement familial, la décision lui refusant de lui délivrer un titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y ferait obstacle, que le préfet de la Drôme délivre à M. B, le certificat de résidence sollicité et, dans l'attente, un document provisoire de séjour. Il y a lieu de lui fixer des délais d'exécution respectifs de trois mois et huit jours à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais de justice :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Albertin, de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du préfet de la Drôme du 16 mars 2022 est annulé.

Article 2 :

Article 3 :

Article 4 :

Il est enjoint au préfet de la Drôme de délivrer à M. B un certificat de résidence dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente, dans un délai de huit jours, un document provisoire de séjour.

L'État versera à Me Albertin une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

E. A

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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