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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202505

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202505

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantROUVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 avril, 5 mai et 14 juin 2022, M. B C, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé sa destination d'éloignement et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Le refus de titre de séjour :

- a été signé par une autorité qui ne disposait pas d'une délégation régulière ;

- est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entaché d'un vice de procédure en raison d'un défaut de consultation préalable de la commission du titre de séjour ;

- est illégal dès lors que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 421-1, L. 421-2 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégal dès lors que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du même code ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité qui ne disposait pas d'une délégation régulière ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale dès lors que le refus de titre de séjour est illégale ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant sa destination d'éloignement est illégale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français sans délai est illégale ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- méconnaît les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est disproportionnée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Schürmann pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né en 1999, est un ressortissant serbe. Il déclare être entré en France le 2 octobre 2015. Il a été placé à l'aide sociale à l'enfance à compter du 23 octobre 2015. Il a bénéficié d'un titre de séjour " étudiant " du 8 avril 2017 au 31 octobre 2019 puis en qualité de travailleur temporaire du 19 décembre 2019 au 18 décembre 2020. Par l'arrêté attaqué du 11 mars 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé sa destination d'éloignement et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Eléonore Lacroix, secrétaire générale de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par le préfet le 24 septembre 2021, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire du refus de titre de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les conventions internationales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile appliquées et mentionne les éléments de faits propres à la situation de M. C. Il précise en particulier sa nationalité, sa date et ses conditions d'entrée en France, sa situation familiale, son activité professionnelle et les condamnations dont il a fait l'objet. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation prévue aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration s'applique à l'énoncé des seuls motifs sur lesquels l'administration entend faire reposer sa décision, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une insuffisance de motivation à défaut de mentionner certaines circonstances factuelles que le requérant souhaiterait y voir figurer. En outre, cette motivation établit que le préfet de l'Isère a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. () ". Aux termes de l'article L. 421-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 433-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif bénéficie d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention demandée lorsque les conditions de délivrance de cette carte sont remplies () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. En l'espèce, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " salarié ". Pour rejeter cette demande, le préfet de l'Isère a, d'une part, relevé que l'intéressé bénéficiait jusqu'alors d'un titre de séjour pour un autre motif et, d'autre part, que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. Il est constant que M. C a été condamné les 7 juin 2018, 3 septembre 2018 et 24 novembre 2020 pour des faits de vol en réunion commis le 11 juin 2017, de conduite sans permis et assurance commis le 21 avril 2018 ainsi que de détention et de transport d'un pistolet automatique commis le 14 août 2018. Eu égard au caractère récent et répété des infractions commises et à la gravité de la dernière d'entre elles, le préfet de l'Isère a pu à bon droit estimer que le comportement de M. C constituait une menace pour l'ordre public. Par suite, quand bien même le requérant remplirait les conditions de délivrance de la carte de séjour pluriannuelle ou temporaire " salarié ", le préfet était fondé à lui refuser, pour ce seul motif, la délivrance d'un tel titre de séjour.

7. En quatrième lieu, M. C résidait en France depuis six ans à la date de l'arrêté attaqué. Il est célibataire et sans charge familiale. En outre, il ne justifie pas avoir établi des attaches personnelles stables sur le territoire français ni, à l'inverse, en être dépourvu hors de France dès lors que ses parents et sa sœur résident en Serbie et son frère en Belgique. En dépit de sa formation et de son activité professionnelle, il ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En cinquième lieu, M. C n'ayant pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance de ses dispositions. En tout état de cause, il ne remplit plus les conditions de délivrance d'une carte de séjour prévues par ces dispositions.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

10. Ainsi qu'il a été dit aux points 6 et 7, M. C n'établit ni avoir sollicité la délivrance du titre de séjour prévu à l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni être en situation de bénéficier de celui prévu à l'article L. 423-23 de ce code. Il n'établit pas davantage être en situation de bénéficier de l'un des titres de séjour mentionnés par l'article L. 432-13 du même code. Par suite, le préfet de l'Isère n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour sur le fondement de cet article. Le moyen tiré de ce que le refus de titre a été pris à la suite d'une procédure irrégulière doit, dès lors, être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, M. C n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En troisième lieu, en vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique lorsque, comme en l'espèce, elle est l'accessoire d'un refus de titre de séjour. Par suite, et alors qu'il a été dit au point 3 que le refus de titre de séjour était suffisamment motivé, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, le refus d'octroyer à M. C un délai de départ volontaire vise les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne, après avoir énoncé les condamnations pénales subies par l'intéressé, que la présence de celui-ci constitue une menace pour l'ordre public. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".

17. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant la destination d'éloignement :

18. N'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant sa destination d'éloignement.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend désormais les dispositions invoquées du III de l'article L. 511-1 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 6, M. C ne justifie d'aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est disproportionnée ou méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er :M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. C est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

V. A

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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