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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202519

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202519

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, détenu au centre pénitentiaire d'Aiton, qui contestait le refus de mise à disposition en cellule de sa console de jeux, manettes et casque audio. Le tribunal a jugé que ce refus ne constituait pas un acte administratif susceptible de recours pour excès de pouvoir, car il ne privait pas le détenu de la possibilité effective d'utiliser un équipement informatique dans les conditions prévues par le règlement intérieur, et n'atteignait pas ses libertés fondamentales au-delà des contraintes inhérentes à la détention. La décision s'appuie sur les articles R. 57-6-18 du code de procédure pénale et 19, 24, 32 du règlement intérieur type, ainsi que sur l'article A40-2 du même code, qui exclut les consoles de jeux des objets autorisés à la réception par colis.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2022, M. A B, représenté par la SCP Themis et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2022 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire d'Aiton a refusé de mettre à sa disposition en cellule sa console de jeux, ses manettes et son casque audio bloqués à sa fouille ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire d'Aiton de mettre à sa disposition en cellule sa console de jeux, ses manettes et son casque audio dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil par application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- son recours est recevable dès lors que la décision attaquée lui fait grief ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale et l'article 24 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- et les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, alors incarcéré au centre pénitentiaire d'Aiton, a sollicité par un courrier de son conseil du 13 octobre 2021 la mise à disposition en cellule des biens lui appartenant et notamment sa console de jeux, ses manettes et son casque audio. Le 11 janvier 2022, le directeur du centre pénitentiaire d'Aiton lui a opposé un refus. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Le règlement intérieur type pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaires, comprenant des dispositions communes et des dispositions spécifiques à chaque catégorie, est annexé au présent titre. / Le chef d'établissement adapte le règlement intérieur type applicable à la catégorie dont relève l'établissement qu'il dirige en prenant en compte les modalités spécifiques de fonctionnement de ce dernier. Il recueille l'avis des personnels. ". Aux termes de l'article 19 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires, annexé à l'article précité du code de procédure pénale : " I.- L'accès de la personne détenue aux publications écrites et audiovisuelles peut s'effectuer : / () / 6° Par l'utilisation collective ou individuelle d'équipements informatiques non connectés à des réseaux extérieurs (). / VII.- La personne détenue peut acquérir par l'intermédiaire de l'administration et selon les modalités qu'elle détermine des équipements informatiques. () ". Selon l'article 24 du même règlement : " Les objets qui ne peuvent être laissés en possession de la personne détenue pour des raisons d'ordre et de sécurité sont déposés au vestiaire de l'établissement. ". En vertu de l'article 32 de ce règlement : " I.- Sans préjudice des dispositions applicables aux publications écrites et audiovisuelles mentionnées à l'article 19, la réception d'objets de l'extérieur et l'envoi d'objets vers l'extérieur sont interdits. / Toutefois, une liste des objets ou catégories d'objets dont la réception ou l'envoi est autorisé est fixée par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. / Lorsque des objets dont la réception n'est pas autorisée sont reçus de l'extérieur, le chef d'établissement le notifie à l'expéditeur. Les objets sont réexpédiés aux frais de l'expéditeur ou, à défaut, déposés au vestiaire de la personne détenue. () ". Enfin, l'article A40-2 du code de procédure pénale, dans sa version applicable en l'espèce, établit la liste des objets et catégories d'objets dont la réception de l'extérieur ou l'envoi vers l'extérieur par les personnes détenues est autorisé. Ne figurent pas au nombre des objets autorisés les équipements informatiques tels que des consoles de jeux.

3. En premier lieu, eu égard à leur nature et à leurs effets sur la situation des détenus, les décisions de l'administration pénitentiaire refusant aux détenus la mise à disposition en cellule de matériel informatique, auquel s'assimile une console de jeux non communicante, dès lors qu'elles ne privent pas la personne détenue de la possibilité effective de disposer et d'utiliser un tel équipement dans les conditions définies par les dispositions précitées, ne constituent pas des actes administratifs susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus.

4. En second lieu, doivent être regardées comme mettant en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus les décisions qui portent à ces droits et libertés une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à leur détention.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'administration pénitentiaire a refusé de remettre à M. B une console de jeux au motif qu'elle lui a été adressée par colis postal. Contrairement à ce que soutient le requérant, une console de jeu n'est pas au nombre des objets dont la réception de l'extérieur est autorisée en détention, ainsi qu'il a été dit au point 2. Par ailleurs, le requérant dispose dans sa cellule d'une autre console de jeux qu'il a acquise par l'intermédiaire de l'administration pénitentiaire. S'il allègue la défectuosité de cet équipement, il n'en rapporte pas la preuve alors que dans un courrier adressé à l'administration pénitentiaire, il s'est borné à se plaindre de ce que cette console ne lui permettait pas de jouer à un jeu précis, dénommé " GTA IV ", bien qu'il ressorte des pièces du dossier qu'il dispose en cellule d'autres jeux pour lesquels il n'a pas invoqué un dysfonctionnement. Dans ces circonstances, le refus de l'administration pénitentiaire de remettre au requérant la console de jeu qui lui a été envoyée de l'extérieur ne porte pas à ses droits et libertés, notamment son droit au respect de ses biens, une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à la détention. Dans ces circonstances, eu égard à sa nature et à ses effets, ce refus constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Il suit de là que la requête de M. B est irrecevable et, par suite, doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SCP Themis et associés et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

Le président rapporteur,

V. L'HÔTE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

G. LEFEBVRELa greffière,

E. BEROT-GAY

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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