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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202651

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202651

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL BALESTAS DURAND GRANDGONNET MURIDI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2022, M. B A, représenté par la SELARL Balestas, Grandgonnet, Muridi et Associés, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 25 mars 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " et à défaut " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler les décisions du 25 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est illégal pour défaut d'entretien ;

- le refus de titre de séjour méconnaît les articles L. 422-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du même code ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la mesure d'éloignement est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un courrier du 5 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi par le préfet de l'Isère qui a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A sur le fondement de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que ces dispositions ne lui sont pas applicables dans la mesure où l'intéressé n'a pas présenté une première demande d'admission au séjour ni satisfait aux épreuves du concours d'entrée dans un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'État.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 7 septembre 2022, M. A a présenté ses observations sur le moyen susceptible d'être relevé d'office par le tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 3 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- et les observations de Me Leurent, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 17 octobre 1999, est entré en France le 3 septembre 2017. Il a bénéficié de plusieurs de titre de séjour portant la mention " étudiant-élève " entre le 26 avril 2018 et le 9 juillet 2021. Il a sollicité le 13 octobre 2021 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 mars 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Eléonore Lacroix, secrétaire générale de la préfecture de l'Isère, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature consentie par le préfet le 24 septembre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En second lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait illégal pour défaut d'entretien n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les moyens propres au refus de titre séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté du 25 mars 2022 mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. L'autorité administrative n'était pas tenue d'énoncer, de manière exhaustive, tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté du 25 mars 2022 ni des pièces du dossier que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A avant de prendre la décision attaquée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants marocains : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Aux termes de l'article L. 422-2 du même code : " La carte de séjour prévue à l'article L. 422-1 est également délivrée lors de sa première admission au séjour, sans avoir à justifier de ses conditions d'existence et sans que soit exigée la condition prévue à l'article L. 412-1, à l'étranger ayant satisfait aux épreuves du concours d'entrée dans un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'Etat. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A était inscrit, pour l'année 2017-2018, en première année de licence informatique. Il a décidé de se réorienter et s'est inscrit en première année de licence en économie gestion pour l'année 2018-2019. Il a été ajourné et s'est réinscrit pour la même formation l'année suivante. Le requérant a obtenu sa première année de licence en économie gestion au cours de l'année 2019-2020. M. A, inscrit en deuxième année de licence économie gestion au titre de l'année 2020-2021, a été ajourné. Ainsi, M. A, qui a commencé des études supérieures en 2017, ne justifiait de l'obtention d'aucun diplôme à la date du 13 octobre 2021, lorsqu'il a demandé le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. S'il se prévaut de son état de santé, notamment de l'hospitalisation dont il a fait l'objet au mois de décembre 2021 et d'un suivi psychiatrique qu'il a lui-même interrompu avant qu'une nouvelle prise en charge ne soit mise en œuvre au cours du mois de janvier 2022, ces faits présentent un caractère récent au regard de l'ensemble de son parcours universitaire qui a débuté en 2017 et ne peuvent expliquer le retard pris dans la réalisation de ses études ainsi qu'il le prétend, ni ses échecs successifs depuis plusieurs années. En outre, l'intéressé ne produit aucun bulletin de notes permettant d'apprécier la réalité et le sérieux de ses études ni aucun document attestant de son assiduité aux enseignements et aux examens correspondants. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il était dans l'incapacité de suivre ses cours compte tenu de sa pathologie, cette circonstance ne l'a pas empêché de travailler en qualité d'auto-entrepreneur, affilié à l'URSSAF depuis le 25 décembre 2020, comme visiteur d'appartement. Il a signé un contrat de travail le 14 juin 2021. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère a pu légalement considérer que le sérieux et la progression des études de M. A n'étaient pas établis. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 422-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

8. En quatrième lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'autorité administrative de la réalité et du sérieux des études poursuivies lors de l'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par ailleurs, M. A, qui a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du même code à l'encontre de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant. L'autorité administrative n'était pas tenue d'examiner la demande de titre de séjour de l'intéressé sur un autre fondement.

9. En cinquième lieu, M. A ne justifie pas du caractère sérieux et réel de ses études et ne justifie pas d'une intégration particulière en France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

12. M. A soutient qu'il dispose de fortes attaches sur le territoire français. Il se prévaut notamment d'un concubinage d'une durée de trois ans et de la conclusion d'un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française le 11 avril 2022. Il invoque également la présence en France de ses deux oncles. Toutefois, l'intéressé réside sur le territoire national depuis le 3 septembre 2017, en qualité d'étudiant, et ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire national en dépit du concubinage dont il se prévaut. En outre, le pacte civil solidarité qu'il invoque, postérieur à la décision attaquée, est sans influence sur sa légalité. Par ailleurs, il ne démontre pas être dépourvu de toutes attaches familiales ou privées dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

13. Eu égard à ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de sa demande d'annulation de la décision fixant le pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

La rapporteure,Le président,

N. BARDADV. L'HÔTE

La greffière,

V. BARNIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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