vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202701 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET AKLEA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 avril 2022 et le 13 février 2023, la SAS HetL Prestations à domicile, représentée par la SELARL Aklea, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 février 2022 par laquelle la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne Rhône-Alpes a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 20 450 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de ramener la sanction à un simple avertissement assorti de la décharge de l'amende administrative ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de réduire le niveau de la sanction prononcée ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 28 février 2022 n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 3171-2 et D. 3171-8 du code du travail dès lors que le personnel administratif est soumis, en temps normal, à un horaire de travail collectif, que ces horaires collectifs sont affichés sur le lieu de travail et que le manquement reproché porte sur la période particulière du 16 mars au 30 avril 2020 où en raison des mesures de confinement liées à l'épidémie de Covid 19, elle a fait preuve de clémence et de flexibilité concernant les salariés qui n'étaient pas en mesure de respecter les horaires habituels de travail ;
- l'annexe 1 de la décision attaquée retient à tort que Mme A et M. B sont des personnels administratifs ;
- concernant les personnels d'aide à domicile, la décision est entachée d'erreur de fait dès lors que l'inspection du travail a relevé à tort, lors de son contrôle, que les documents de décompte présentaient des incohérences et ne permettaient pas de prendre des mesures de régularisation de télépointage ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait s'agissant de la prise en compte du temps de trajet entre les missions pour les auxiliaires de vie, qui sont au nombre de 4, le logiciel utilisé ne permettant pas la comptabilisation des temps de trajet et ces derniers étant comptabilisés manuellement ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait s'agissant de la prise en compte du temps de trajet entre les missions pour les aides à domicile, qui sont au nombre de 396, dès lors que ces salariés qui réalisent une seule prestation par demi-journée rentrent à leur domicile, retrouvent leur autonomie, ne réalisent aucun trajet direct d'un client à un autre, et disposent en moyenne d'une coupure d'une heure et cinquante-deux minutes, sur la pause méridienne, constituant ainsi une rupture du temps de travail ;
- s'agissant du motif tiré de l'absence de récapitulation hebdomadaire du temps de travail, le système informatique de télépointage utilisé, les plannings hebdomadaires et les bulletins de paie suffisent à justifier de cette récapitulation hebdomadaire ;
- l'administration a entaché la décision d'un détournement de pouvoir et d'un détournement de procédure ;
- subsidiairement, il convient de ramener la sanction au prononcé d'un avertissement en application de l'article L. 8115-4 du code du travail au regard des actions positives qu'elle a mises en place.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2023, la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la convention collective nationale des entreprises de services à la personne du 20 septembre 2012 (n° 3127) ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur,
- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS HetL Prestations à domicile exerce une activité d'aide à domicile pour personnes dépendantes. Elle a fait l'objet d'un contrôle de l'inspection du travail, à l'issue duquel des manquements relatifs à la tenue des documents de décompte de la durée du travail non collective de 9 personnels administratifs, sur la période du 16 mars au 30 avril 2020, et de 400 intervenants à domicile sur la période du 1er mars au 30 avril 2020 ont été constatés. Par une décision du 28 février 2022, la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne Rhône-Alpes a prononcé à l'encontre de la SAS HetL Prestations à domicile une amende administrative d'un montant de 20 450 euros pour ces motifs. Par la présente requête, la SAS HetL Prestations à domicile demande l'annulation de cette décision et, à titre subsidiaire, la minoration de cette amende.
Sur la légalité externe :
2. Contrairement à ce qui est soutenu, la décision du 28 février 2022, qui vise notamment les articles L. 3171-2, D. 3171-8 et L. 8115-1 du code du travail et qui mentionne très précisément les manquements reprochés, est suffisamment motivée. La circonstance que l'administration n'ait pas retenu comme probants les éléments et pièces communiqués par la société requérante ne saurait caractériser un défaut de motivation.
Sur la légalité interne :
3. Aux termes de l'article L. 3121-1 du code du travail : " La durée du travail effectif est le temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l'employeur et se conforme à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles ". Aux termes de l'article L. 3121-2 du même code : " Le temps nécessaire à la restauration ainsi que les temps consacrés aux pauses sont considérés comme du temps de travail effectif lorsque les critères définis à l'article L. 3121-1 sont réunis ". Aux termes de l'article L. 3121-4 de ce code : " Le temps de déplacement professionnel pour se rendre sur le lieu d'exécution du contrat de travail n'est pas un temps de travail effectif ". L'article 1 de l'arrêté du 3 avril 2014 par lequel le ministre du travail, de l'emploi et du dialogue social a étendu la convention collective nationale des entreprises de services à la personne dispose que : " Sont rendues obligatoires, pour tous les employeurs et tous les salariés compris dans son propre champ d'application () les dispositions de la convention collective des entreprises de services à la personne du 20 septembre 2012. / (). / L'article f de la section 2 du chapitre II de la partie II est étendu, sous réserve que le temps de trajet pour se rendre d'un lieu de travail à un autre constitue bien un temps de travail effectif, et à ce titre rémunéré comme tel, quelle que soit sa durée, conformément à l'article L. 3121-4 du code du travail tel qu'interprété par la jurisprudence de la Cour de cassation (Cass. soc. 16 juin 2004, n° 02-43685). / () ". Selon la section 2 du chapitre II de la partie II de cette convention : " () d) Temps de trajet du domicile au lieu d'intervention / Le temps normal de trajet effectué par le salarié afin de se rendre de son domicile au lieu d'exécution de l'intervention, lieu d'exécution du contrat, ou pour en revenir, ne constitue pas du temps de travail effectif. () / e) Temps de déplacement entre deux lieux d'intervention / Le temps de déplacement professionnel pour se rendre d'un lieu d'intervention à un autre lieu d'intervention constitue du temps de travail effectif lorsque le salarié ne peut retrouver son autonomie. / En cas d'utilisation de son véhicule personnel pour réaliser des déplacements professionnels, le salarié a droit à une indemnité qui ne peut être inférieure à 35 centimes d'euros par kilomètre. / f) Temps entre deux interventions (1) / Les temps entre deux interventions sont pris en compte comme suit : / - en cas d'interruption d'une durée inférieure à 15 minutes, le temps d'attente est payé comme du temps de travail effectif ; / - en cas d'interruption d'une durée supérieure à 15 minutes (hors trajet séparant deux lieux d'interventions), le salarié reprend sa liberté pouvant ainsi vaquer librement à des occupations personnelles sans consignes particulières de son employeur n'étant plus à sa disposition, le temps entre deux interventions n'est alors ni décompté comme du temps de travail effectif, ni rémunéré. / Une journée de travail comporte un maximum de quatre interruptions / () ".
4. Aux termes de l'article L. 3171-2 du code du travail : " Lorsque tous les salariés occupés dans un service ou un atelier ne travaillent pas selon le même horaire collectif, l'employeur établit les documents nécessaires au décompte de la durée de travail, des repos compensateurs acquis et de leur prise effective, pour chacun des salariés concernés. / () ". Aux termes de l'article L. 3171-3 de ce code : " L'employeur tient à la disposition de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1 les documents permettant de comptabiliser le temps de travail accompli par chaque salarié. / ( ) ". Aux termes de l'article D. 3171-8 du même code : " Lorsque les salariés d'un atelier, d'un service ou d'une équipe, au sens de l'article D. 3171-7, ne travaillent pas selon le même horaire collectif de travail affiché, la durée du travail de chaque salarié concerné est décomptée selon les modalités suivantes : / 1° Quotidiennement, par enregistrement, selon tous moyens, des heures de début et de fin de chaque période de travail ou par le relevé du nombre d'heures de travail accomplies ; / 2° Chaque semaine, par récapitulation selon tous moyens du nombre d'heures de travail accomplies par chaque salarié ".
5. Aux termes de l'article L. 8115-1 du code du travail : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : / () / 3° A l'article L. 3171-2 relatif à l'établissement d'un décompte de la durée de travail et aux dispositions réglementaires prises pour son application ; / () ".
6. S'il résulte de ces dispositions combinées que les modalités de décompte de la durée quotidienne et hebdomadaire du travail sont laissées au libre choix de l'employeur, l'obligation faite à ce dernier d'établir les documents nécessaires au décompte de la durée de travail des salariés ont pour objet de permettre aux intéressés, aux représentants du personnel et à l'inspection du travail de vérifier le respect par l'employeur de la durée légale du travail, des règles de repos et de rémunération. Les documents établis par l'employeur doivent dès lors comporter les éléments d'information permettant, notamment à l'inspection du travail, d'effectuer ces vérifications. Il suit de là qu'ils ne satisfont pas aux exigences de l'article L. 3171-2 du code du travail s'ils ne mettent pas à même l'inspection du travail d'effectuer les contrôles qui lui incombent.
En ce qui concerne les manquements de la société requérante :
7. Dans la décision attaquée, la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne Rhône-Alpes a retenu comme manquements aux dispositions des articles L. 3171-2 et D. 3171-8 du code du travail, d'une part, le fait que la durée du travail non collective de 9 personnels des services administratifs en télétravail n'était pas décomptée lors de la période du 16 mars au 30 avril 2020 et, d'autre part, le fait que les documents de décompte de la durée du travail générés par l'applicatif de télépointage " XIMI Xelya " concernant les 400 auxiliaires de vie et aides à domicile n'étaient pas conformes lors de la période du 1er mars au 30 avril 2020, ces deux circonstances n'ayant pas permis aux agents de l'administration de contrôler la durée du travail accomplie par les 409 salariés concernés, leurs repos effectivement pris ainsi que leurs conditions de rémunération.
S'agissant du manquement concernant les personnels d'aide à domicile :
8. Pour retenir que les documents de décompte de la durée du travail générés par l'applicatif de télépointage " XIMI Xelya " concernant les 400 auxiliaires de vie et aides à domicile lors de la période du 1er mars au 30 avril 2020 n'étaient pas conformes et ne lui permettaient pas de contrôler la durée de travail accomplie et les repos effectivement pris des salariés, la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne Rhône-Alpes a retenu comme circonstances que le trajet entre deux interventions chez les clients devait être inclus dans le temps de travail effectif et que le temps de travail effectif devait être enregistré chaque jour et récapitulé chaque semaine.
9. En premier lieu, la société requérante ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait en ce que l'inspection du travail a relevé à tort, lors de son contrôle, que les documents de décompte présentaient des incohérences et ne permettaient pas de prendre des mesures de régularisation de télépointage dès lors que la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne Rhône-Alpes ne s'est pas appropriée un tel motif.
10. En deuxième lieu, concernant la prise en compte du temps de trajet entre les missions pour les auxiliaires de vie, qui sont au nombre de 4, si la société requérante soutient que le logiciel utilisé ne permet pas la comptabilisation des temps de trajet et que ces derniers sont comptabilisés manuellement, cette allégation n'est pas attestée par les pièces versées à l'instance. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit, soulevés à ce titre, doivent être écartés.
11. En troisième lieu, concernant la prise en compte du temps de trajet entre les missions pour les aides à domicile, qui sont au nombre de 396, la SAS HetL Prestations à domicile soutient que ses salariés qui ne réalisent qu'une prestation par demi-journée rentrent à leur domicile, retrouvent leur autonomie, ne réalisent aucun trajet direct d'un client à un autre, et disposent en moyenne d'une coupure d'une heure et cinquante-deux minutes, sur la pause méridienne, constituant une rupture du temps de travail, les prestations se trouvant, par ailleurs, nécessairement dans un rayon géographique limité de 20 kilomètres.
12. Néanmoins, il résulte des stipulations et dispositions précitées que, quelle que soit sa durée, le temps de trajet d'un lieu d'intervention à un autre constitue un temps de travail effectif pour le salarié. Le laps de temps qui s'écoule entre deux interventions doit dès lors être comptabilisé comme du temps de travail effectif si la durée du trajet pour se rendre d'un lieu d'intervention à un autre ne permet pas au salarié de retrouver son autonomie. La circonstance que les contrats de travail prévoient une distance d'intervention de 20 kilomètres autour de la commune de résidence du salarié, ne garantit pas à elle seule que les salariés bénéficient entre deux interventions, alors même que l'une aurait lieu le matin et l'autre l'après-midi, d'une interruption du travail d'une durée suffisante pour retrouver leur autonomie, dès lors, notamment, que cette distance n'est pas déterminée à partir du domicile du salarié mais de la commune de résidence de celui-ci, qui peut elle-même être étendue, et que le temps de trajet peut être variable selon le secteur d'intervention. De surcroit, certains contrats de travail versés à l'instance par la société requérante prévoient une distance d'intervention de 30 kilomètres et non de 20 kilomètres autour de la commune de résidence du salarié. Si elle verse un extrait de données portant sur la période du 1er mars 2020 au 30 avril 2020 faisant état de ce que, durant le mois de mars 2020, la durée moyenne intermission était de 107 minutes et que, durant le mois d'avril 2020, la durée moyenne intermission était de 112 minutes, cette pièce ne suffit pas à établir que chacun des salariés rentreraient chez lui lors de la pause méridienne entre les deux interventions pour bénéficier d'une pause supérieure à 15 minutes permettant de considérer qu'il retrouverait sa liberté au sens du f) de la section 2 du chapitre 2 de la partie II de la convention collective des entreprises de services à la personne du 20 septembre 2012. En tout état de cause, elle ne permet pas d'évaluer le temps de trajet entre ces deux interventions permettant de procéder au décompte du temps de travail effectif des salariés. Par suite, le motif tiré de ce que les documents produits par la société requérante ne satisfaisaient pas aux exigences des articles L. 3171-2 et D. 3171-8 du code du travail n'est entaché ni d'erreur de droit ni d'erreur de fait.
13. En quatrième lieu, la SAS HetL Prestations à domicile soutient que le motif tenant à l'absence de décompte hebdomadaire du temps de travail ne serait pas établi. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le système informatique de télépointage utilisé, les plannings hebdomadaires et les bulletins de paie établis mensuellement retraceraient le nombre d'heures de travail accomplies hebdomadairement par chaque salarié, ainsi que les dispositions du 2° de l'article D. 3171-8 du code du travail l'imposent, sachant, en tout état de cause, que ces documents sont entachés du vice relevé au point précédent.
14. En dernier lieu, au regard des éléments relevés aux points précédents, les détournements de pouvoir et de procédure allégués ne sont pas établis.
S'agissant du manquement concernant les personnels administratifs :
15. En premier lieu, la société requérante soutient que le personnel administratif est soumis, en principe, à un régime d'horaire collectif qui ne nécessite pas la réalisation d'un décompte de la durée de travail, que ces horaires collectifs sont affichés sur le lieu de travail et que le manquement reproché porte sur la période particulière du 16 mars au 30 avril 2020 où en raison des mesures de confinement liées à l'épidémie de la Covid 19, elle a fait preuve de clémence et de flexibilité s'agissant des salariés qui n'étaient pas en mesure de respecter les horaires habituels de travail.
16. Toutefois, d'une part, la circonstance que le personnel administratif soit soumis, en temps normal, à un régime d'horaire collectif est sans incidence dès lors que le manquement retenu par l'administration porte spécifiquement sur la période du 16 mars au 30 avril 2020. D'autre part, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'inspection du travail du 7 juillet 2021 comportant un tableau retraçant l'historique des connexions en télétravail, qu'au cours de la période en cause les personnels du service administratif ne suivaient pas un régime d'horaire collectif. Enfin, ainsi que le précise le rapport de l'inspection du travail du 7 juillet 2021, la société requérante n'a pas tenu de décompte de la durée de travail concernant ces personnels, en méconnaissance des articles L. 3171-2 et D. 3171-8 du code du travail, lesquels demeuraient opposables à l'employeur durant cette période. Dans ces conditions, ce motif n'est entaché ni d'erreur de fait, ni d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation.
17. En second lieu, s'il résulte des contrats de travail versés à l'instance que l'annexe 1 de la décision attaquée retient à tort que Mme A et M. B sont des personnels administratifs alors qu'ils occupent des fonctions d'aide à domicile, cette erreur matérielle ne saurait révéler une illégalité dès lors qu'elle n'impacte pas le nombre total de salariés en litige, soit 409, et que le quantum de l'amende retenu pour chaque salarié est de 50 euros quelles que soient les fonctions concernées.
En ce qui concerne la proportionnalité de la sanction administrative :
18. Aux termes de l'article L. 8115-3 du code du travail : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. / () ". Aux termes de l'article L. 8115-4 du même code : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges ".
19. La SAS HetL Prestations à domicile soutient à titre subsidiaire que la sanction serait disproportionnée et qu'un simple avertissement aurait dû être prononcé à son encontre, en faisant valoir sa bonne foi. Toutefois, l'absence de comptabilisation des temps de trajet entre deux lieux de prestation a pour effet potentiel de priver les salariés d'une partie de leur rémunération, dans le cas où le temps de pause restant ne permettrait pas de considérer que les salariés concernés retrouvent effectivement leur autonomie. En outre, ces manquements ont déjà fait l'objet d'une sanction administrative le 11 mars 2019, d'un quantum de 50 euros par salarié pour des motifs similaires. Dès lors, en retenant une sanction de 50 euros par salarié, alors qu'il résulte des dispositions précitées que la sanction maximale encourue est d'un montant de 4 000 euros par salarié, la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne Rhône-Alpes n'a pas retenu une sanction disproportionnée. Par suite, le moyen doit être écarté.
20. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SAS HetL Prestations à domicile doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS HetL Prestations à domicile est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS HetL Prestations à domicile et à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.
Copie en sera délivrée à la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Lefebvre, premier conseiller,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.
Le rapporteur,
T. RUOCCO-NARDO
Le président,
V. L'HÔTE
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026