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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202791

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202791

mardi 6 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2022, M. B C, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, de réexaminer sa demande de titre et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- le refus de délivrance du titre est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier et complet de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale dès lors que le refus de titre est illégal ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Par ordonnance du 5 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 juillet 2022, ont été entendus le rapport de M. A et les observations de Me Huard.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 18 septembre 2020. Il a épousé, le 6 novembre 2021, une compatriote de nationalité française. Il a, par la suite, sollicité la délivrance d'un titre de séjour, le 15 février 2022, sur le fondement des articles 6-2 et 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 avril 2022, le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance du titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre

2. L'arrêté attaqué, qui mentionne les éléments de faits propres à la situation de la requérante et énonce les considérations de droit sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il ne ressort ni de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Isère ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre l'rrêté attaqué.

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () ".

4. Il n'est pas sérieusement contesté que M. C n'est pas entré régulièrement sur le territoire français. Le préfet a donc pu légalement se fonder sur le défaut d'entrée régulière de l'intéressé pour refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé.

3. Aux termes des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : "Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : [] 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

4. Si M. C fait valoir que la relation avec son épouse a commencé en 2012, qu'ils se sont mariés religieusement en Algérie en 2016 et qu'il dispose d'une promesse d'embauche, l'entrée en France du requérant est récente et le mariage n'a eu lieu que le 6 novembre 2021. M. C n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où résident ses parents et ses frères et sœurs. Par ailleurs, le requérant pourra obtenir un titre de séjour en qualité de conjoint de français dès qu'il pourra justifier d'une entrée régulière sur le territoire. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. C n'est ni fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnait les stipulations de l'article 6-5 précité ou serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Pour les mêmes motifs qu'évoqués au point 4, la décision du le préfet de l'Isère portant refus d'autoriser le séjour en France de M. C ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. Si M. C se prévaut de l'état de santé de son épouse et de sa présence nécessaire auprès d'elle, il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire

9. L'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas démontrée, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écartée.

10. Pour les mêmes motifs qu'évoqués au point 4, la décision du préfet de l'Isère obligeant M. C à quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

M. D et Mme E, premiers conseillers,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2022.

Le président, rapporteur,

J-P A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

N. D Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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