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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202831

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202831

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSARL NOVAS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête enregistrée le 6 mai 2022, et E des pièces complémentaires enregistrées le 6 septembre 2022, M. C A, représenté E Me Combes, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 mars 2022 E laquelle la commission de médiation de l'Isère a refusé de reconnaître sa demande d'hébergement comme urgente et prioritaire ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de l'accueillir dans une structure d'hébergement dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros E jour de retard ;

4°) à défaut, d'enjoindre à la commission de médiation de réexaminer sa demande dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros E jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que la décision attaquée :

- méconnaît les dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation ;

- méconnaît le principe du droit à l'hébergement d'urgence reconnu à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale conformément à l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

E un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés E M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 7 août 2017 fixant la liste des titres de séjour prévue aux articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Combes, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré a été présentée pour M. A, enregistrée le 9 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () E la juridiction compétente ou son président () ". La condition d'urgence prévue E l'article 20 de la même loi doit être regardée comme remplie au cas d'espèce. Il y a ainsi lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2 Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti E l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies E décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder E ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce E un recours amiable puis, le cas échéant, E un recours contentieux () ". Aux termes du 1erer alinéa du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation relatif aux commissions de médiation créées dans chaque département pour mettre en œuvre le droit au logement opposable : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, E toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence de séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 441-1 du code de la construction et de l'habitation que les conditions réglementaires d'accès au logement social sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer pour le logement duquel un logement social est demandé. Au nombre de ces conditions figure notamment celle que ces personnes séjournent régulièrement sur le territoire français.

4. Ainsi, les ressortissants étrangers qui ne disposent pas de l'un des documents mentionnés E l'arrêté du 7 août 2017 susvisé n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement prévu E les dispositions précitées, sauf si des circonstances exceptionnelles justifient qu'ils soient reconnus comme prioritaires et devant être hébergés en urgence.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. A, de nationalité guinéenne, n'était pas en possession de l'un des documents mentionnés E l'arrêté du 7 août 2017 susvisé. Dans ces conditions, il n'avait pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement prévu E les dispositions précitées, sauf à faire état de circonstances exceptionnelles.

6. Il ressort toutefois également des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du Dr D du 31 mars 2022 que M. A présente un trouble de stress post-traumatique complexe sévère, compliqué de périodes d'effondrement de l'humeur avec idéation suicidaire, qui nécessite un suivi spécialisé et la prise d'un traitement quotidien, incompatible avec son maintien à la rue.

7. Dans ces conditions, en ne reconnaissant pas sa demande d'hébergement comme étant prioritaire, la commission de médiation de l'Isère a commis une erreur d'appréciation en n'accueillant pas la demande de M. A et sa décision du 7 mars 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de l'Isère de désigner à M. A un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de l'accueillir dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

9. M. A est admis, E le présent jugement, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. E suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Combes, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Combes de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision de la commission de médiation de l'Isère en date du 7 mars 2022 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de désigner à M. A un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de l'accueillir, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Combes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Combes, avocate de M. A, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Combes et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public E mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

Le président,

J.P. BLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202831

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