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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202837

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202837

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022 sous le numéro 2202837, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision orale du 1er avril 2022 du préfet de l'Isère refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de fixer un rendez-vous en préfecture dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'un rendez-vous a été accordé à l'intéressé en vue de l'instruction de sa demande, qui a donné lieu à une décision défavorable.

Par une ordonnance n°2202838, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a constaté le non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à la suspension de cette même décision, un rendez-vous ayant été accordé à l'intéressé en vue de l'enregistrement de sa demande.

II. Par une requête, enregistrée le 13 mars 2023 et des pièces enregistrées les 22 mars 2023, 12 avril 2023 et 27 avril 2023 sous le numéro 2301544, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre sollicité, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- sa demande de titre de séjour a été rejetée sans que cette demande d'autorisation de travail n'ait été examinée, en méconnaissance du code du travail, et sans que le préfet ne lui ait demandé de régulariser le caractère incomplet de sa demande de titre, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ; ainsi, la demande du requérant est entachée d'une erreur matérielle et n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- le préfet a commis une erreur de droit en omettant d'examiner la demande de séjour de l'intéressé sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- le préfet s'est irrégulièrement fondé sur l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer cette interdiction ;

- l'interdiction de retour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Argenson, premier conseiller ;

- les observations de Me Huard, représentant M. A ;

- et les observations de Mme B, représentant le préfet de l'Isère.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinée né le 15 juillet 1995, déclare être entré en France le 26 septembre 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 27 juillet 2017 puis par la CNDA le 22 février 2019. Sa demande réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 5 février 2018. Le 9 octobre 2019, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français confirmée par le tribunal de céans le 2 décembre 2019. Le 21 juin 2018, M. A a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Le 2 juillet 2020, le préfet de l'Isère a refusé sa demande et a prononcé à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, que l'intéressé n'a pas exécuté et dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif du 19 novembre 2020. Le 16 juin 2022, l'intéressé a déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur celui de l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Dans la présente instance, il demande l'annulation de la décision orale du 1er avril 2022 du préfet de l'Isère refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Les requêtes susvisées ayant trait à la situation du même requérant et ayant fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le dossier n° 2301544.

Sur le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour :

4. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet a enregistré la demande de titre de séjour du requérant. Dans ces conditions, l'objet de la requête n°2202837 tendant à l'annulation du refus d'enregistrement a disparu en cours d'instance. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire :

5. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. A et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à l'évolution de la vie privée de M. A ou à sa demande d'autorisation de travail en France ne constitue pas un défaut de motivation. Par suite ce moyen doit être écarté, de même que celui tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

Sur le refus de séjour :

6. M. A soutient qu'il est entré en France en 2016, qu'il s'est engagé bénévolement dans plusieurs associations, qu'il a obtenu un CAP maçon en juin 2020, qu'une entreprise souhaite l'embaucher en CDI, et qu'il est en couple avec une compatriote guinéenne actuellement enceinte de leur enfant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que la durée du séjour en France de l'intéressé n'est due qu'à son maintien en situation irrégulière, en dépit du rejet définitif de sa demande d'asile et des obligations de quitter le territoire qui lui ont été signifiées les 9 octobre 2019 et 2 juillet 2020 et qu'il n'a pas exécutées. D'autre part, si l'intéressé se prévaut d'une relation de couple, il ne produit aucun élément circonstancié permettant d'apprécier la durée et la stabilité de cette relation, et ne fait état d'aucun obstacle à poursuivre sa vie familiale dans son pays d'origine, dont sa compagne a la nationalité, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où y vivent sa mère, ses frères et sa sœur. Dans ces circonstances, la décision de refus de délivrance de son titre de séjour n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que ce refus méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait demandé à bénéficier d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement spécifique de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'étant pas tenu d'examiner d'office la situation de l'intéressé sur ce fondement. C'est donc sans erreur de droit que le préfet a examiné la demande de titre de séjour de l'intéressé en qualité de salarié sur le fondement des articles L. 421-1 à L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Contrairement à ce que soutient M. A, l'administration n'était pas tenue de lui demander de compléter le dossier de demande d'autorisation de travail avant de statuer sur sa demande de titre de séjour en qualité de salarié, dès lors qu'en application des dispositions de l'article R. 5221-11 du code du travail, la demande d'autorisation est faite par l'employeur et non par l'étranger. Au surplus, il y a lieu de constater que l'entreprise Dogan n'a formalisé une demande en ligne d'autorisation de travail à son profit que le 21 octobre 2022, soit postérieurement au dépôt de sa demande de titre de séjour en date du 16 juin 2022, et que l'intéressé n'allègue pas en avoir informé la préfecture pour l'instruction de son dossier. Ainsi le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

9. Les dispositions des articles L. 5221-2, L. 5221-5, R. 5221-1 et R. 5221-3 du code du travail prévoient que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l'employeur. Le préfet, saisi d'une telle demande, est tenu de la faire instruire et ne peut refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, saisi par un étranger qui, à l'instar de M. A, est déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du titre de séjour. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait dû instruire d'office sa demande d'autorisation de travail doit donc être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

10. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

11. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés.

Sur l'interdiction de retour :

12. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour.

13. Si l'intéressé soutient que le préfet s'est illégalement fondé sur l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour infliger cette interdiction au motif que son délai de départ volontaire n'était pas expiré, il est constant que le délai de départ volontaire dont disposait l'intéressé au terme de l'obligation de quitter le territoire qui a été prononcée à son encontre, en dernier lieu, le 2 juillet 2020, était expiré à la date de l'arrêté attaqué du 17 février 2023. Le moyen manque donc en fait et doit être écarté.

14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, dirigées contre la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an, doivent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris dans ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n°2202837 de M. A.

Article 2 : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le dossier n° 2301544.

Article 3 : La requête n°2301544 de M. A est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président rapporteur,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

P.-H. D'ARGENSON

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202837-2301544

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