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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202863

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202863

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDABBAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 10 mai 2022 et 21 juin 2022, M. D C A, représenté par Me Dabbaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé sa destination d'éloignement et a assorti ces décisions d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la notification de l'arrêté attaqué est irrégulière ;

- l'arrêté attaqué comporte des erreurs dans la mention de son identité ;

- la mesure d'éloignement litigieuse l'empêche de répondre à la convocation du tribunal correctionnel d'Annecy du 5 septembre 2022 ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- l'interdiction de circulation sur le territoire français est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapporte de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 24 novembre 1997, est un ressortissant espagnol. Suite à une interpellation, le préfet de la Haute-Savoie l'a, par l'arrêté attaqué du 7 mai 2022, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé sa destination d'éloignement et a assorti ces décisions d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, les conditions de notification des décisions administratives sont sans influence sur leur légalité. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification de l'arrêté attaqué doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, l'erreur de plume entachant le nom du requérant, qui n'est pas de nature à jeter un doute sur le destinataire de l'arrêté attaqué, est dans influence sur la légalité de ce dernier.

4. En troisième lieu, si M. C A soutient que l'obligation de quitter le territoire français sans délai litigieuse l'empêchera de se présenter à la convocation pénale dont il affirme, sans d'ailleurs l'établir, faire l'objet devant le tribunal correctionnel d'Annecy le 5 septembre 2022, le code de procédure pénale lui réserve le droit de se faire représenter utilement lors de la procédure par un avocat. Par suite, le moyen soulevé sur ce point doit être écarté.

5. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué vise les conventions internationales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile appliquées et mentionne les éléments propres à la situation de M. C A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.

6. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concerne les mesures d'expulsion, à l'encontre de l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire français. Il doit néanmoins être regardé comme invoquant les dispositions de l'article L. 251-1 du même code, en vertu desquelles, l'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les ressortissants citoyens de l'Union européenne " à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 251-4 du même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement et d'interdiction de circulation sur le territoire français à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique ainsi que de son intégration.

8. Pour justifier la mesure d'éloignement litigieuse, le préfet de la Haute-Savoie a relevé que le requérant était défavorablement connu des services de police pour des faits d'envoi de messages malveillants, de menace de mort réitérée, de violences sur conjoint ou ex-conjoint et de rodéos urbains. M. C A se borne à contester sa participation à des faits de rodéos urbains, sans démentir les autres faits qui lui sont reprochés. Il a reconnu, lors de sa garde à vue du 7 mai 2022, avoir proférer des propos outrageants et des menaces de mort à l'encontre des gendarmes qui l'ont interpelé. Par ailleurs, selon ses déclarations, il ne résidait plus en France depuis novembre 2021. En outre, s'il affirme que sa sœur vit en France, il ne l'établit pas. Il ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales hors de France dès lors notamment que sa concubine réside en Suisse. Enfin, il ne justifie d'aucune activité professionnelle légale ou d'autres éléments d'intégration dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la gravité de ses agissements et au caractère répété des faits qui lui sont reprochés, le comportement de M. C A constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société justifiant son éloignement du territoire français. Par suite, et alors qu'il ne bénéficie pas d'un droit permanent au séjour en France sur le fondement de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de son départ en Suisse en novembre 2021, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français sans délai et l'interdiction de circulation sur le territoire français méconnaissent les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français sans délai et l'interdiction de circuler sur le territoire français portent pas une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

10. En dernier lieu, n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant sa destination d'éloignement.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C A doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D C A et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 12 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

La rapporteure,

V. B

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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