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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202868

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202868

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 7 juin 2022 et le 19 octobre 2022, M. D B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 mars 2022 par laquelle la commission de médiation de l'Isère a refusé de reconnaître comme prioritaire et urgente sa demande d'hébergement présentée sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de l'Isère de considérer sa demande d'hébergement comme étant prioritaire et urgente sous astreinte de 100 euros à compter de la notification du présent jugement ou à défaut de réexaminer sa demande d'hébergement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été informé de la composition de la commission du département de l'Isère ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 441-2-3 III et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Mme C, représentant le préfet de l'Isère.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 7 mars 2022 par laquelle la commission de médiation de l'Isère a refusé de reconnaître comme prioritaire et urgente sa demande d'hébergement présentée au titre de l'article L. 441-2-3 III du code de la construction et de l'habitation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n°90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement () ". Enfin, aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. ".

3. Il résulte des dispositions des articles L. 441-1 du code de la construction et de l'habitation que les conditions réglementaires d'accès au logement social sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer pour le logement duquel un logement social est demandé. Au nombre de ces conditions figure notamment celle que ces personnes séjournent régulièrement sur le territoire français.

4. Ainsi, les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter français, ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement prévu par les dispositions précitées, sauf si des circonstances exceptionnelles justifient qu'il soit reconnu comme prioritaire et devant être hébergé en urgence.

5. Il ne ressort ni de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que, pour rejeter les demandes du requérant pour insuffisance des garanties d'insertion, la commission ait examiné la possibilité de déclarer, eu égard à l'existence de circonstances exceptionnelles qu'il lui appartient d'apprécier, pour reconnaître comme prioritaire sa demande d'hébergement. En l'espèce, M. B faisait valoir que l'état de santé de sa concubine était incompatible avec un maintien à la rue. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. B est fondé à soutenir que la commission a entaché ses décisions d'une erreur de fait dans son appréciation et à en demander pour ce motif l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard aux motifs d'annulation, le présent jugement implique seulement mais nécessairement que la commission de médiation de l'Isère statue à nouveau sur le recours présenté par M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision. Il y a lieu de prononcer une injonction en ce sens, sans qu'il soit besoin de l'assortir d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Huard, avocat de M. B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Huard de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de médiation de l'Isère en date du 7 mars 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation de l'Isère de réexaminer la demande de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Huard une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Huard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202868

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