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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202870

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202870

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, Mme B E, représentée par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2021 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé sa destination d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen individualisé de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son incidence sur sa situation familiale et personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Borges de Deus Correia pour Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, alias Mme F, née le 26 juillet 1979, est une ressortissante arménienne. Elle déclare être entrée en France le 10 mai 2013. Sa demande d'asile a été rejetée par décision du 31 mars 2014 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 30 juin 2015. Elle a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement par arrêté du 5 juin 2014. Par l'arrêté attaqué du 17 décembre 2021, la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans les trente jours.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, directrice de cabinet, qui disposait d'une délégation consentie par la préfète de la Drôme par arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas celle en litige, en cas d'absence ou d'empêchement de la secrétaire générale de la préfecture. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la signature de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 17 décembre 2021 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les conventions internationales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile appliquées et mentionne les éléments de fait propres à la situation de Mme E. Il répond ainsi aux exigences énoncées aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, la motivation de l'arrêté litigieux établit que le préfet de l'Isère a procédé à un examen attentif et particulier de sa situation personnelle.

4. En troisième lieu, si Mme E résidait depuis huit années en France à la date de l'arrêté attaqué, elle s'y est maintenue de manière irrégulière en ne déférant pas à une mesure d'éloignement prise à son encontre le 5 juin 2014. En outre, la requérante se prévaut de la présence en France de ses trois enfants et de leur père. Toutefois, ce dernier, qui a la même nationalité que la requérante, et leur fille aînée ont fait l'objet d'arrêtés portant obligation de quitter le territoire français respectivement les 3 décembre 2015 et 9 janvier 2020. Par ailleurs, la requérante ne justifie d'aucun obstacle à ce que sa cellule familiale, composée notamment de son fils mineur, se reconstitue dans leur pays d'origine. Rien ne s'oppose à ce que Mme E vienne rendre visite à sa fille cadette majeure, qui dispose d'un titre de séjour, sous couvert du visa adéquat, et réciproquement. Enfin, elle ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage fondée à soutenir qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent s'agissant de la possibilité de reconstitution de la cellule familiale de Mme E, et alors que celle-ci n'établit pas que son fils mineur ne pourrait poursuivre sa scolarité en Arménie, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant tel que protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Eu égard à ce qui a été dit au point 4, la préfète de la Drôme n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de Mme E au titre de la vie privée et familiale. Par ailleurs, si la requérante se prévaut d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en qualité de cuisinière chez un traiteur proposant des spécialités arméniennes à raison de 38 heures par semaine, la rémunération proposée est inférieure au salaire minimum interprofessionnel de croissance. En outre, elle ne justifie pas d'une expérience professionnelle en adéquation avec le poste auquel elle postule. Dans ces conditions, la préfète de la Drôme n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'admettre au séjour Mme E au titre du travail.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la requérante tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 décembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

10. Le présent jugement de rejet n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par Mme E et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Borges de Deus Correia et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 12 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

La rapporteure,

V. A

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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