jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202916 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge des référés 10 |
| Avocat requérant | JOIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mai 2022, M. A, représenté par Me Joie, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et a fixé la destination d'éloignement ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 9 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 7 jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles ne sont pas suffisamment motivées en droit et en fait ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il représentait une menace pour l'ordre public ;
- la décision n'est pas fondée sur un examen circonstancié de sa situation personnelle, de ce fait, le préfet n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire d'une durée de six mois :
- la décision n'est pas fondée sur un examen circonstancié de sa situation personnelle, il justifie de circonstances humanitaires tenant à l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de ses liens familiaux et personnels en France ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A l'audience publique, M. B a présenté son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité marocaine, né le 15 juillet 1977, déclare être entré en France en dernier lieu le 1er août 2019. Par deux arrêtés attaqués du 9 mai 2022 le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, a fixé la destination d'éloignement et l'a assigné à résidence.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les arrêtés dans leur ensemble :
2. Les arrêtés contestés ont été signés par M. E D, directeur de la citoyenneté et de l'immigration de la préfecture de la Haute-Savoie, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 31 janvier 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer notamment les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en particulier les obligations de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement des membres du corps préfectoral. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la signature des décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.
3. Les décisions attaquées énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés sont insuffisamment motivés doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les décisions ne sont pas entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, le 24 juillet 2018, confirmée par le tribunal de céans le 19 octobre 2018, puis par la cour administrative d'appel de Lyon le 21 janvier 2019. Il a fait l'objet d'une première assignation à résidence le 14 décembre 2018. Une seconde obligation de quitter le territoire français lui a été notifiée le 1er août 2019, qu'il n'a pas exécutée. De plus, si M. A est né en France et y a résidé jusqu'à l'âge de 12 ans, il est ensuite reparti vivre au Maroc pendant une période de 20 ans. Il soutient vivre en France depuis 2009, mais en se maintenant de manière irrégulière. Il ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire, à l'exception de son mariage avec une française depuis le mois d'octobre 2020. Toutefois, il n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation au regard de cette circonstance. Dès lors, l'arrêté litigieux n'apparait pas entaché d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ni d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. Si le requérant soutient que l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne démontre nullement avoir formulé une demande de titre de séjour sur ce fondement. Dès lors, ce moyen sera nécessairement écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. En premier lieu, il ressort de la rédaction de l'arrêté en litige que le préfet a pris en compte la situation personnelle du requérant et a exercé son pouvoir d'appréciation pour prendre la décision litigieuse.
7. En second lieu, M. A fait valoir que le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public.
8. En l'espèce, alors qu'aucune pièce au dossier, notamment de procès-verbal ou de jugement pénal, ne permet de corroborer le fait que M. A constituerait un risque pour l'ordre public, ce motif ne pouvait légalement justifier la décision en litige. Toutefois, le préfet s'est également fondé sur le risque avéré que l'intéressé se soustraie à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'il n'a pas justifié être entré régulièrement en France, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à la décision qui lui été notifié et qu'il s'était soustraie à une précédente mesure d'éloignement.
9. Ce motif, au demeurant non contesté, justifie à lui seul la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire prise par le préfet de l'Isère.
En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 6 mois :
10. M. A soutient qu'il justifie de circonstances humanitaires tenant à l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de ses liens familiaux et personnels en France. Toutefois, il ne justifie cette affirmation que par le fait qu'il soit marié avec une française depuis le mois d'octobre 2020 et qu'il s'occupe régulièrement de la fille de son épouse. Dès lors qu'il n'atteste pas avoir cherché à régulariser sa situation administrative en se fondant sur ces circonstances, elles ne peuvent suffire à elles seules à démontrer l'existence de circonstances humanitaires justifiant qu'il soit dérogé aux dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. De plus, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, en l'absence de toute argumentation spécifique, être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la légalité de l'assignation à résidence :
12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant assignation à résidence doit être écarté.
13. En second lieu, si M. A fait valoir que cette décision n'est pas justifiée dès lors qu'il est constant que le trafic aérien est revenu à la normale, cette décision est également motivée par le contexte sanitaire lié à la propagation du covid 19, qui, sans faire obstacle à l'éloignement du requérant, implique certaines contraintes quant à la mise en œuvre effective de cet éloignement. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
14. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et aux fins de condamnation de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Joie et au préfet de l'Isère.
Lu en audience publique le 7 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
P. B
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026