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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2202964

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202964

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2202964
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 mai 2022 et 16 mai 2023, M. C A, représentée par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2021 par lequel l'office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration de lui indiquer un lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir avec sa famille pendant toute la durée de sa procédure d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser l'allocation due aux demandeurs d'asile, avec effet rétroactif au 2 octobre 2020, dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il n'a pas été procédé à un examen réel et sérieux de sa situation particulière ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien personnel en vue d'évaluer sa vulnérabilité en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit car l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit aucunement la possibilité de suspendre les conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Coutarel, première conseillère, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 1997, a présenté le 2 mai 2016, une demande d'asile en France, qui a été placée en procédure Dublin, et a accepté l'offre de prise en charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il a été déclaré en fuite le 13 septembre 2016. La France est redevenue responsable de sa demande d'asile, le 2 octobre 2020. La demande de M. A a alors été placée en procédure accélérée. Par un courrier du 11 janvier 2021, l'OFII a informé l'intéressé de son intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. A a présenté ses observations le 20 janvier 2021. Par une décision du 23 février 2021, l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A. Dans la présente instance, il demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision du 23 février 2021, par laquelle l'OFII a prononcé la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A vise les textes dont il est fait application. De plus, elle indique que l'intéressé a été déclaré en fuite par la préfecture le 13 septembre 2016, que malgré la prolongation du délai de transfert, M. A ne s'est manifesté auprès de l'autorité préfectorale que le 2 octobre 2020 et que ce n'est qu'après requalification de sa demande d'asile qu'il s'est manifesté auprès des services de l'OFII. Elle mentionne également qu'il n'apporte aucune indication sur ses conditions de séjour entre le 13 septembre 2016 et le 2 octobre 2020 et que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'un entretien de vulnérabilité au cours duquel l'OFII a recueilli les observations du requérant s'est déroulé le 2 mai 2016 lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile, applicable en l'espèce dès lors que les conditions matérielles d'accueil ont été accordées le 2 mai 2016 soit avant le 1er janvier 2019 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ".

6. Il résulte des dispositions précitées que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités. Ainsi qu'il a été dit au point 2, M. A a été déclaré en fuite par la préfecture le 13 septembre 2016 et malgré la prolongation du délai de transfert, il ne s'est manifesté auprès de l'autorité préfectorale que le 2 octobre 2020. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'OFII ne pouvait en aucun cas se fonder sur les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers pour suspendre ses conditions matérielles d'accueil.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

8. M. A soutient que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle a pour effet de le séparer de sa famille. Toutefois, la décision en litige n'a pas pour effet de rompre les liens entre M. A et sa famille, et ce quand bien même sa compagne et son enfant sont hébergés au centre d'accueil de Chasse-sur-Rhône. Par suite, la décision attaquée ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise doit également, pour les mêmes motifs, être écarté.

9. En sixième lieu et enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Cans et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme B et Mme Coutarel, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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