Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203012

mercredi 18 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDEME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait le refus du préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour "salarié". Le tribunal a admis une substitution de base légale, retenant l'article 3 de l'accord franco-marocain en lieu et place de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans priver le requérant de garanties. Il a estimé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation. Enfin, le tribunal a jugé que le refus ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2022, M. A B, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Naillon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, est entré en France en décembre 2021 alors qu'il était titulaire d'une carte de séjour " résidence longue durée " délivrée par les autorités espagnoles valable jusqu'au 4 janvier 2026. Le 20 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " salarié " sur le fondement des articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 16 mars 2022, le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 426-1 en l'absence de visa long séjour et n'est pas titulaire d'un titre de séjour arrivant à expiration.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte une erreur matérielle en mentionnant l'article L. 426-1 et non l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, alors que la situation des ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France est régie par l'article 3 de l'accord franco-marocain, le préfet a fait application des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Dans le cadre de ses écritures en défense, le préfet de la Drôme doit être regardé comme sollicitant une substitution de base légale en se prévalant de l'article 3 de l'accord franco-marocain et de ce que M. B ne justifie pas d'un visa long séjour. Cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 16 mars 2022 vise les textes dont il fait application (les articles L. 421-1 et L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile) et en énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation de M. B. Il est suffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite et alors que le caractère suffisant de la motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs que l'administration énonce, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Drôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux et individualisé de la situation de M. B alors même que l'existence d'un contrat de travail, le métier exercé par le requérant et les bulletins de salaire produits par l'intéressé, ne sont pas expressément mentionnés et qu'il produit une autorisation de travail pour un résident hors de France. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet de la Drôme n'était pas tenu de faire usage de son pouvoir de régularisation sur ce fondement. Dès lors, il ne peut utilement soutenir que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de ces dispositions. Le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de M. B doit, par suite, être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B réside en France depuis trois mois à la date de la décision attaquée. S'il déclare entretenir une relation sentimentale avec une ressortissante française, il n'en justifie pas. De plus, il ressort de la fiche de renseignements signée par le requérant que ses parents et ses sœurs vivent dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, à supposer même que le requérant exerce une activité professionnelle en France, la décision du préfet de la Drôme portant refus de titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 29 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,

M. Argentin, premier conseiller,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2024.

La rapporteure,

L. Naillon

La présidente,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220301