vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203036 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | ALBERTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mai 2022 et le 31 mai 2022, M. C D, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel la préfète de la Drôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme, si la décision contestée est annulée pour un motif de forme, de réexaminer son dossier et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et, si la décision est annulée pour un motif de fond, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- méconnaît son droit d'être entendu ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- doivent être annulées compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaissent les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'ordonnance n° 2020-460 du 22 avril 2020 portant diverses mesures prises pour faire face à l'épidémie de covid-19 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain né en 1985, est entré en France le 18 juillet 2015 sous couvert de son passeport marocain en cours de validité et revêtu d'un visa de long séjour valable du 24 juin 2015 au 24 juin 2016, obtenu en sa qualité de conjoint de français. Le 9 décembre 2015, son épouse a sollicité le divorce. Un enfant étant né de leur union, M. D s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, valable jusqu'au 18 juin 2018 et renouvelé jusqu'au 8 juin 2020. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 31 décembre 2021. Par un arrêté du 13 avril 2022, la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté du 13 avril 2022 a été signé par Mme B Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 27 août 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de la décision portant refus de titre de séjour, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
4. En l'espèce, en présentant sa demande de délivrance d'un titre de séjour, M. D ne pouvait ignorer, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui tendait à son maintien en France, qu'en cas de refus, il pouvait faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Il a eu tout loisir de faire valoir, durant la période d'instruction de sa demande et avant l'intervention de l'arrêté attaqué, les arguments susceptibles de faire échec à une éventuelle mesure d'éloignement. M. D se prévaut de la circonstance qu'il a, par un courriel du 22 septembre 2020, interrogé les services de la préfecture de la Drôme sur les modalités matérielles de transmission de certains documents relatifs à sa demande de titre de séjour. Toutefois, la circonstance que la préfecture de la Drôme n'ait pas répondu à ce courriel est sans incidence sur le respect du droit d'être entendu, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision litigieuse. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. D se prévaut de sa présence en France depuis 2015 ainsi que de la présence en France de son enfant français né en 2015. Il soutient qu'à la suite de son divorce, et à l'expiration de son droit de visite médiatisé de six mois, son ex-épouse ne lui a pas laissé la possibilité de voir son enfant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le juge des affaires familiales du tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence, par un jugement du 18 mai 2017, a prononcé le divorce aux torts exclusifs de M. D, compte tenu des violences commises envers son épouse, a dit que l'autorité parentale sur l'enfant sera exercée par la mère et a suspendu son droit de visite et d'hébergement. Par un arrêt du 12 février 2019, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a accordé à M. D un droit de visite médiatisé à l'égard de sa fille une fois par mois pour une durée de six mois. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été présent à cinq des sept visites organisées au centre familial au cours de l'année 2019. A l'expiration de son droit de visite, la mère de l'enfant n'a pas accepté le renouvellement des visites en l'absence de nouvelle décision juridictionnelle en ce sens. Dès lors, M. D ne disposait plus, à la date de la décision attaquée, de l'autorité parentale sur son enfant depuis près de cinq ans et ne bénéficiait plus d'aucun droit de visite et d'hébergement depuis près de deux ans et demi. S'il soutient qu'il n'a pas saisi le juge des affaires familiales pour obtenir un nouveau droit de visite compte tenu de son état de santé, il ne produit aucun élément de nature à l'établir. Par ailleurs, si M. D se prévaut de la circonstance qu'il a toujours recherché à travailler, notamment par le biais d'agences d'intérim, cette seule circonstance ne suffit pas à caractériser une insertion particulière dans la société française. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident son frère et sa mère, ainsi que son père durant une partie de l'année. Dans ces circonstances, et eu égard à la durée et aux conditions du séjour de M. D en France, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Drôme aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 24 de l'ordonnance n° 2020-460 du 22 avril 2020 portant diverses mesures prises pour faire face à l'épidémie de covid-19 : " I.- L'article 1er de l'ordonnance n° 2020-328 du 25 mars 2020 susvisée est remplacé par les dispositions suivantes : / () / " Art. 1.- La durée de validité des documents de séjour suivants, qu'ils aient été délivrés sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'un accord bilatéral, arrivés à expiration entre le 16 mars et le 15 mai 2020, est prolongée de 180 jours : / () / 2° Titres de séjour () ".
8. Il est constant que le dernier titre de séjour de M. D a été renouvelé jusqu'au 8 juin 2020, de sorte qu'il n'entrait pas dans le champ des dispositions précitées prolongeant la durée de validité des documents de séjour arrivés à expiration entre le 16 mars et le 15 mai 2020. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que sa demande devrait être regardée comme une demande de renouvellement de son précédent titre de séjour.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'ayant pas été déclarée illégale, M. D n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
10. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 du présent jugement.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
12. D'une part, compte tenu de la situation qui a été exposée au point 6 du présent jugement, l'obligation de quitter le territoire français attaquée n'a pas pour effet de porter une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de M. D. D'autre part, le moyen soulevé est inopérant s'agissant de la décision fixant le pays de destination, qui est sans effet sur la situation de l'enfant de M. D.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 avril 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et aux fins d'application des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
P. BUGUELLOU
La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026