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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203107

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203107

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantALDEGUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 19 mai 2022, le 28 août 2023, le 14 mai 2024 et le 22 mai 2024 (ce dernier non communiqué), M. C B, représenté par Me Aldeguer, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 30 mars 2022, à laquelle était annexée la fiche de poste datée de février 2022, emportant sa mutation d'office sur un poste de chargé de prévention des risques professionnels prise par le maire de la commune de Sassenage ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sassenage une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée, qui constitue une sanction disciplinaire déguisée, est entachée d'un vice de procédure, faute pour lui d'avoir été mis à même de prendre connaissance de son dossier, garantie accordée par les procédures disciplinaires dans le cadre d'une procédure contradictoire ;

- elle est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 2 du décret n°87-1099, ses nouvelles fonctions ne correspondant pas à son cadre d'emplois ;

- elle constitue un détournement de procédure ;

- subsidiairement, la décision attaquée est une mesure prise en considération de la personne ; elle aurait donc dû être précédée de la communication préalable de son dossier, en application de l'article 65 de la loi du 22 juillet 1905 ;

- elle est illégale car sa mutation est étrangère à l'intérêt du service ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, aucun élément lié à ses compétences professionnelles ne permettant de l'écarter de ses précédentes fonctions.

Par des mémoires enregistrés le 23 juin 2023 et le 6 mai 2024, la commune de Sassenage conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, cette décision étant, compte tenu de son caractère de mesure d'ordre intérieur, insusceptible de recours en application de la décision du Conseil d'Etat n° 372624 du 25 septembre 2015.

En réponse au moyen relevé d'office, M. B et la commune de Sassenage ont produit des mémoires, enregistrés respectivement les 12 et 14 juin 2024, par lesquels ils maintiennent leurs conclusions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°87-1099 du 30 décembre 1987 portant statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juin 2024 :

- le rapport de Mme Frapolli,

- les conclusions de M. A,

- les observations de Me Aldeguer, représentant M. B,

- et les observations de Me Tissot, représentant la commune de Sassenage.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est attaché territorial titulaire, employé par la commune de Sassenage à compter de novembre 2014 sur les fonctions de responsable des affaires juridiques, sous l'autorité du directeur général des services. Il a été placé en congé de maladie à compter de janvier 2022. Par un courrier du 30 mars 2022, le maire de Sassenage l'a informé de sa décision de le muter sur l'emploi d'agent de prévention après avis du médecin de prévention et l'a informé par ailleurs de ses horaires de travail sous le régime du mi-temps thérapeutique qu'il avait sollicité. Dans la présente instance, M. B demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir cette décision du 30 mars 2022 portant mutation d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination, est irrecevable.

3. Par ailleurs, une décision constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que son auteur a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.

4. M. B a été affecté, par la décision attaquée, sur le poste d'agent de prévention des risques professionnels, alors qu'il occupait précédemment les fonctions de responsable des affaires juridiques. Ces deux postes sont tous deux directement placés sous l'autorité du directeur général des services. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce changement ait porté atteinte à son statut ou aux prérogatives que l'intéressé en tirait, ait entraîné de diminution sensible de responsabilités, ait réduit ses perspectives de carrière ou entraîné une diminution de rémunération ou de perte d'avantages. Notamment, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'emploi de responsable des affaires juridiques précédemment occupé comportait des fonctions d'encadrement. Par ailleurs, de l'aveu même du requérant, la Commune ne disposait pas encore à la date de janvier 2022 de politique de prévention de risques psycho-sociaux, que le requérant aurait donc eu la responsabilité de mettre en place. Dans ces conditions, cette décision, sans lien établi avec la maladie du requérant évoquée au point 1 et prise à la suite de la suppression non contestée de l'emploi de responsable des affaires juridiques, dans le cadre d'une politique de la collectivité tendant à l'externalisation de l'expertise juridique, ne peut être regardée comme ayant le caractère d'une sanction déguisée et constitue une mesure d'ordre intérieur au sens du principe énoncé au point 2, insusceptible de recours.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les conclusions présentées par M. B, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Sassenage.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sassenage sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Sassenage.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Pollet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2203107

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