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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203133

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203133

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL BAUDELET & PINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 mai 2022 et le 4 octobre 2022, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble "38 rue de l'Isle", M. E H, Mme N G, Mme A L, Mme M D, Mme O J et Mme P I, représentés par Me Pinet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Valence a accordé à la SSCV 38 Isle un permis de construire valant permis de démolir pour l'édification d'un immeuble collectif de 10 logements, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Valence et de la SSCV 38 Isle la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- il méconnaît les articles UB12 du plan local d'urbanisme et L. 151-36 du code de l'urbanisme;

- il méconnaît l'article UB 3-1 du plan local d'urbanisme, l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et l'article 4 de l'arrêté du 31 janvier 1986 ;

- il méconnaît l'article UB 7 du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 8 août 2022, la commune de Valence conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive s'agissant des requérants, personnes physiques, qui n'ont pas présenté de recours gracieux et s'agissant du syndicat requérant, dès lors qu'il ne justifie pas d'un mandat l'autorisant à présenter un recours gracieux ;

- les requérants ne justifient pas de leur intérêt pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

-les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 29 août 2022 et le 16 janvier 2023, la SSCV 38 Isle, représentée par Me Richard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive s'agissant des requérants, personnes physiques, qui n'ont pas présenté de recours gracieux ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Holzem,

- les conclusions de Mme André,

- et les observations de Me Frigière, représentant la commune de Valence et de MeLegendre représentant la SSCV 38 Isle.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté attaqué du 8 décembre 2021, le maire de la commune de Valence a accordé à la SSCV 38 Isle un permis de construire valant permis de démolir pour l'édification d'un immeuble collectif de 10 logements.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A B qui bénéficiait d'une délégation de fonction du maire, accordée par arrêté du 23 mai 2020, publiée et transmise au contrôle de légalité le même jour, s'agissant notamment des autorisations du droit des sols en matière d'urbanisme. Le moyen d'incompétence doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, le permis, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme ; que, dès lors, si l'administration et le juge administratif doivent, pour l'application des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne leur appartient pas de vérifier la validité de cette servitude. Ont été produits au dossier de permis de construire une attestation notariée évoquant un droit de passage sur le fonds 158 au bénéfice du fonds 160 accordé par M. K ainsi qu'un extrait de servitude correspondant au passage en question accordé par l'ancien propriétaire M. Q. Dans ces conditions, alors qu'il n'appartient pas au juge administratif de vérifier la teneur ou la régularité de telles servitudes, le moyen ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, le plan local d'urbanisme de Valence prévoit, en son article UB 12, l'obligation de créer 1,5 places de stationnement par logement. Cependant, aux termes de l'article L. 151-36 du code de l'urbanisme : " Pour les constructions destinées à l'habitation, autres que celles mentionnées aux 1° à 3° de l'article L. 151-34, situées à moins de cinq cents mètres d'une gare ou d'une station de transport public guidé ou de transport collectif en site propre et dès lors que la qualité de la desserte le permet, il ne peut, nonobstant toute disposition du plan local d'urbanisme, être exigé la réalisation de plus d'une aire de stationnement par logement. "

5. Le projet litigieux est situé à moins de cinq cent mètres à vol d'oiseau, notamment, par la station de bus " Servan " desservie par les bus de plusieurs lignes et qui bénéficie d'une voie qui lui est réservée, répondant ainsi à la définition des transports collectifs en site propre. Ainsi, le projet entre dans le champs d'application de l'article L. 151-36 du code de l'urbanisme, qui fait obstacle à ce que lui soient opposées les dispositions du plan local d'urbanisme conduisant à imposer la création d'un nombre de places de stationnement supérieur, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'arrêt de bus en question n'ait pas été mentionné dans le dossier de permis de construire. Il apparaît par ailleurs, que le projet qui comporte dix logements prévoit la création de dix places de stationnement. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, d'une part, l'accès au tènement du projet contesté est prévu sous un bâtiment existant par un passage aménagé pour lequel l'arrêté de permis de construire prévoit une prescription. La notice précise que le passage traversant sera mis à nu pour retrouver sa vocation originelle d'accès et qu'est projetée l'installation de feux tricolores pour permettre la traversée de ce passage par un seul véhicule. Il est également précisé que les feux privilégieront l'entrée des véhicules depuis la voie publique pour éviter tout encombrement, une zone d'attente existant par ailleurs au niveau du bâtiment projeté. Il résulte des documents fournis par les requérants que ce passage présente une largeur de 2,23 mètres à 2,38 mètres et une hauteur de 2,23 mètres, permettant d'assurer la traversée d'un véhicule. Enfin il apparaît que ce passage présente une longueur de moins de 15 mètres permettant ainsi l'insertion et la circulation des dix véhicules qu'implique le projet. Alors que l'avis de la direction des risques de la ville de Valence du 19 avril 2021 mentionne la conformité des conditions de desserte pour l'accessibilité du site au secours, celui-ci se borne à faire état de difficultés liées à l'accolement du bâtiment à ceux existants et aux difficultés d'accès à celui-ci, cette configuration qui n'a rien d'exceptionnelle en centre-ville, n'est pas à elle seule de nature à démontrer que le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Le fait qu'un précédent permis de construire ait été refusé compte tenu de cet accès, alors qu'il n'est au demeurant pas établi qu'il prévoyait les mêmes modalités de desserte, est parfaitement inopérant. Pour les mêmes motifs le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 3 du plan local d'urbanisme doit être écarté.

7. En cinquième lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation, qui a été pris pour l'application du code de la construction et de l'habitation.

8. En sixième lieu, l'article UB 7 du plan local d'urbanisme prévoit, au-delà de la bande de 8 mètres à partir de l'alignement, la possibilité soit d'une implantation en limite séparative soit en retrait avec application de la règle H/2 et un minimum de 3 mètres. Le projet prévoit de conserver bon nombre de murs du bâtiment existants, érigés en limite séparative et en partie arasée haute de ces murs, le bâtiment marque un recul conforme à la règle H/2. En se bornant à faire valoir une méconnaissance de la règle de recul de 3 mètres, sans apporter plus de précision à leur moyen, les requérants ne démontrent pas une méconnaissance de l'article UB 7 du plan local d'urbanisme.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais de procès :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros à verser tant à la commune de Valence qu'à la SSCV 38 Isle au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ;

D E C I D E :

Article 1er :La requête est rejetée.

Article 2 :Les requérants verseront à la commune de Valence une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les requérants verseront à la SSCV 38 Isle une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble "38 rue de l'Isle", à la commune de Valence et à la SSCV 38 Isle.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

J. Holzem

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203133

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