mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203161 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mai 2022, Mme A, représentée par Me Huard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite du 1er avril 2022 prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie car cette décision la place dans une situation d'extrême précarité alors que son état de santé est très fragile ; elle est particulièrement vulnérable ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision car elle n'est pas suffisamment motivée ; elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de classement en fuite ; l'OFII s'est cru lié par la déclaration de fuite ; la décision méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ainsi que de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'OFII n'a pas pris en compte sa particulière vulnérabilité ; elle méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2203158 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Huard, représentant Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, de nationalité ivoirienne, née en 1989, a demandé l'asile en France le 31 août 2018 et a été placée en procédure " Dublin ". Par une décision du 23 mai 2019, prise sur le fondement des nouvelles dispositions des articles L. 744-7 et D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la directrice territoriale de l'OFII lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'a " pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités et/ou [qu'elle] n'a pas répondu aux demandes d'informations ". Mme A a formé le 1er février 2022 une demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. L'OFII a implicitement rejeté cette demande.
Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision contestée :
2. Les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative permettent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En ce qui concerne l'urgence à statuer :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. En l'espèce, il n'est pas contesté que Mme A ne dispose ni de ressources propres ni d'un hébergement pérenne. La condition d'urgence doit dès lors être considérée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. Il résulte de l'instruction que Mme A pouvait légitimement craindre un retour en Italie du fait de la présence sur ce territoire du réseau de traite d'êtres humains dont elle a été victime. De plus, elle présente une particulière vulnérabilité eu égard à son histoire personnelle dans son pays et à son état de santé très fragile. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
6. Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 1er avril 2022 précitée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. La présente décision implique qu'il soit enjoint au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de Mme A dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 900 euros à verser à Me Huard, avocat de la requérante, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 1er avril 2022 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme A, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme de 900 euros à Me Huard en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Grenoble, le 19 juillet 2022.
Le juge des référés, Le greffier,
P. B L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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