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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203267

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203267

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2022, Mme B A, représentée par

Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et le préfet ne s'est pas livré à un examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de 1'immigration et de 1'intégration (OFII) permettant d'établir qu'il contient toutes les mentions requises ;

- le préfet de l'Isère ne peut justifier sa décision sur cet avis qui est obsolète ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis du collège de médecins ;

- son état de santé justifie la délivrance d'un titre de séjour ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de titre est entaché d'une erreur de fait ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire ;

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée au regard des critères devant être pris en compte ;

- l'interdiction de retour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- l'interdiction de retour méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Huard, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A épouse C, ressortissante albanaise née le 17 février 1961, est entrée en France le 15 février 2016. Le 12 août 2021, elle a déposé une demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 avril 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'un an. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté énonce avec précision les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il est ainsi suffisamment motivé et répond aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Contrairement à ce que soutient la requérante, l'autorité administrative n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont elle entendait se prévaloir. Il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de l'Isère a examiné la situation personnelle de Mme A. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. /L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'OFII. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

6. En l'espèce, le préfet produit en défense l'avis de l'OFII du 4 novembre 2021 ainsi que le bordereau de transmission de cet avis permettant de justifier de l'identité de leurs auteurs ainsi que de l'absence de participation du médecin instructeur au collège de médecins ayant rendu ledit avis. Les trois médecins signataires ont été régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII publiée sur le site internet de cette instance, afin de participer au collège à compétence nationale de l'OFII. Par ailleurs, l'avis est conforme aux dispositions réglementaires attendues. En outre, le collège n'était pas tenu de se prononcer sur la possibilité pour Mme A de bénéficier d'un accès effectif à un traitement approprié dans son pays d'origine dès lors qu'il a relevé que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Enfin, si Mme A fait valoir que cet avis est " obsolète " en raison de son ancienneté, elle ne fait état d'aucune évolution de son état de santé justifiant un nouvel avis. Le certificat médical du 1er août 2022 du Dr E versé au dossier n'établit pas que l'état de la santé de la requérante aurait évolué de manière défavorable depuis l'avis du collège de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'OFII doit être écarté dans toutes ses branches.

7. En troisième lieu, la circonstance que le préfet de l'Isère se soit approprié l'avis du collège de l'OFII ne signifie pas qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée. Le moyen doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, Mme A souffre d'obésité et bénéficie d'un suivi à raison notamment d'une arthrose lombaire, d'une scoliose, d'une hernie discale et d'une hyperthyroïdie. Aucune pièce du dossier et notamment pas les certificats médicaux produits ne vient contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII selon lequel le défaut de prise en charge ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, Mme A fait valoir qu'elle est entrée en France en 2016, réside sur le territoire depuis six ans et que sa fille est sur le territoire. Toutefois, elle a vécu la majorité de sa vie en Albanie puisqu'elle est entrée en France à l'âge de 55 ans. Elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 11 septembre 2017 qu'elle n'a pas exécutée dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble le 9 novembre 2017 et par la cour administrative de Lyon le 12 juin 2018. La requérante n'est pas dépourvue d'attaches familiales ou amicales dans son pays d'origine où résident ses frères et sœurs. Rien ne s'oppose à ce qu'elle rende visite à sa fille majeure munie d'un visa. Enfin, si elle se prévaut de son état de santé, comme il vient d'être dit, l'absence de prise en charge médicale ne peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

10. En sixième lieu, pour regrettable que soit l'erreur commise sur la date d'entrée en France de l'intéressée dans l'un des considérants de l'arrêté qui mentionne en lieu et place la date de demande de titre de séjour, cette mention erronée ne constitue qu'une simple erreur de plume dès lors que l'arrêté contesté mentionne dans le premier considérant qu'elle est entrée en France le 15 février 2016. Ainsi, cette simple erreur de plume n'est pas de nature à faire regarder la décision comme illégale.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire.

12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire :

13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

14. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour [], l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour prononcer l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de l'Isère s'est fondé sur le maintien de l'intéressée après l'expiration du délai de départ de la mesure d'éloignement prononcée le 11 septembre 2017, et qu'il a examiné sa durée de présence en France, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, pris en compte la circonstance qu'elle avait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et estimé que sa présence sur le territoire français ne représentait pas une menace pour l'ordre public. Cette motivation atteste de la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées par le préfet. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté ainsi que le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressée. Il en est de même du moyen tiré de l'erreur de droit au regard de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. Aux termes des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Si les décisions mentionnées à cet article constituent des décisions distinctes, elles n'ont pas pour autant à figurer nécessairement dans des décisions matériellement séparées. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article L. 613-2 précité en prenant l'arrêté attaqué qui comporte plusieurs décisions qui se distinguent dans son arrêté par des considérations et des articles du dispositif spécifiques.

17. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9, la décision d'interdiction de retour, tant dans son principe que dans sa durée, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ni disproportionnée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins d'annulation de l'arrêté du 22 avril 2022 doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et de celles tendant à voir supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen

Sur les frais de justice :

19. Les conclusions présentées par Mme A au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

La rapporteure,

E. D

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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