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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203268

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203268

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2022, M. A C, représenté par

Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa demande de titre de séjour, et dans l'attente de lui délivrer un récépissé de demande de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et le préfet ne s'est pas livré à un examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de 1'immigration et de 1'intégration (OFII) permettant d'établir qu'il contient toutes les mentions requises ;

- le préfet de l'Isère ne peut justifier sa décision sur cet avis qui est obsolète ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis du collège de médecins ;

- son état de santé justifie la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien et de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Huard, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 6 février 1984, déclare être entré en France le 24 mai 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par une décision du 13 mars 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 septembre 2020. Le 11 décembre 2020, le préfet de l'Isère a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français qui a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 24 février 2021 au motif qu'il n'a pu présenter de manière utile et effective les motifs médicaux qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour et, au surplus, lui délivre éventuellement un titre de séjour. Le 5 mai 2021, il a déposé une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 2 mai 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle dont le requérant entend se prévaloir. Il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de l'Isère a examiné la situation personnelle de M. C. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. /L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'OFII. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

5. En l'espèce, le préfet produit en défense l'avis de l'OFII du 23 septembre 2021 ainsi que le bordereau de transmission de cet avis permettant de justifier de l'identité de leurs auteurs ainsi que de l'absence de participation du médecin instructeur au collège de médecins ayant rendu ledit avis. D'autre part, les trois médecins signataires ont été régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII publiée sur le site internet de cette instance, afin de participer au collège à compétence nationale de l'OFII. Par ailleurs, l'avis est conforme aux dispositions réglementaires attendues. En outre, le collège n'était pas tenu de se prononcer sur la possibilité pour M. C de bénéficier d'un accès effectif à un traitement approprié dans son pays d'origine dès lors qu'il a relevé que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Enfin, si M. C fait valoir que cet avis est " obsolète " en raison de son ancienneté, il ne fait état d'aucune évolution de son état de santé justifiant un nouvel avis. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'OFII doit être écarté dans toutes ses branches.

6. En troisième lieu, la circonstance que le préfet de l'Isère se soit approprié l'avis du collège de l'OFII ne signifie pas qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée. Le moyen doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, M. C est handicapé et ne se déplace qu'en fauteuil roulant. Aucune pièce du dossier et notamment pas les certificats médicaux produits ne vient contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII selon lequel le défaut de prise en charge ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. La circonstance que les personnes lourdement handicapées feraient l'objet de discriminations en Algérie et sont souvent condamnées selon ses dires à la précarité ne saurait lui conférer le droit à un titre de séjour. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien et de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, M. C fait valoir qu'il est entré en France en 2019, réside sur le territoire depuis trois ans et qu'il n'a pas eu accès à un logement pendant plusieurs mois. Toutefois, sa durée de séjour est limitée, il ne démontre pas disposer de liens personnels et familiaux sur le territoire. Il a vécu la majorité de sa vie en Algérie où il a nécessairement des attaches. Enfin, s'il se prévaut de son état de santé, comme il vient d'être dit, l'absence de prise en charge médicale ne peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les attestations produites ne caractérisent pas l'existence de liens anciens, intenses et stables en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire.

10. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.

11. M. C fait valoir que les vols et agressions ainsi que la stigmatisation pesant sur les personnes handicapées en Algérie peuvent être assimilés à des traitements inhumains et dégradants. Par ces considérations générales, quant à ses allégations selon lesquelles il encourait des risques du fait de son handicap en cas de retour en Algérie, il n'établit pas le risque allégué. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions aux fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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