lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203314 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | JOIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2022, M. D, représenté par Me Joie, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie, dans un délai de trente jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de l'autoriser provisoirement au séjour dans un délai de sept jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. D soutient que :
L'arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
Le refus de titre de séjour :
- méconnaît les articles L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'obligation de quitter le territoire français :
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de titre de séjour ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste les moyens soulevés par M. D.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. A a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant géorgien né en mai 1978, a déclaré être arrivé en France pour la dernière fois en juin 2010 pour y rejoindre son épouse et ses quatre enfants. Le 15 octobre 2019, il a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 8 février 2021, le préfet de la Haute-Savoie a rejeté sa demande et assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec désignation du pays de renvoi. Cette décision a été annulée par jugement du tribunal administratif de Grenoble en date du 8 juin 2021 au motif d'un vice de procédure résultant du défaut de saisine de la commission du titre de séjour. Par l'arrêté contesté du 27 avril 2022, le préfet de la Haute-Savoie a de nouveau rejeté la demande de M. D, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. La circonstance que M. D conteste certaines mentions de l'arrêté n'est pas de nature à établir une insuffisance de motivation. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
3. La circonstance que M. D indique qu'il est présent en France depuis juin 2010 alors que le préfet, qui indique cette date, retient que l'intéressé n'est présent de manière continu que depuis mai 2011, contrairement à ce qu'a précédemment jugé ce tribunal, n'établit pas que l'arrêté a été pris sans examen de la situation personnelle de l'intéressé. Le moyen doit être écarté.
Sur les conclusions en annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
4. M. D qui n'a pas demandé de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de celles-ci.
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Pour établir que le refus de l'admettre au séjour à titre exceptionnel ou de régulariser sa situation est illégal, M. D se prévaut de sa durée de séjour et de la présence de sa famille. Agé de 44 ans à la date de l'arrêté attaqué, il réside en France depuis 2010 et justifie de la présence de son épouse, titulaire d'un titre de séjour de deux ans, de leur enfant mineur et de trois enfants majeurs. Toutefois, il n'a jamais été autorisé au séjour et s'est maintenu irrégulièrement en France malgré plusieurs obligations de quitter le territoire édictées en décembre 2010, mars 2012, avril 2013 et juillet 2017. Contrairement aux autres membres de sa famille, il ne justifie pas d'une insertion dans la société française. Il a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales pour détention frauduleuse de faux documents administratifs, conduite sans permis et sans assurance, rébellion et conduite sous l'empire d'un état alcoolique entre 2011 et 2017. La commission du titre de séjour a d'ailleurs rendu un avis défavorable le 21 novembre 2021. Il justifie de la continuité de la communauté de vie, mise en cause par le préfet, par de simples quittances de loyer. Au demeurant, la cellule familiale pourrait se reconstituer en Géorgie, les époux ayant la même nationalité. Dans ces conditions, M. D ne justifie pas de considérations humanitaires ou motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 précité. De même, le refus de lui délivrer un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été édictée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. En l'espèce si M. D fait valoir que son enfant mineure, C E, réside en France depuis l'âge d'un an et est scolarisée, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Georgie, pays dont toute la famille possède la nationalité. Il suit de là que le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur les conclusions en annulation la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Eu égard à ce qui précède, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions aux fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Joie et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet , présidente,
M. Morel, premier conseiller,
M. Villard, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le rapporteur,
S. A
La présidente,
A. TRIOLETLa greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026