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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203316

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203316

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

G une requête, enregistrée le 27 mai 2022, M. E représenté G Me Sène, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus d'abrogation de la décision de rejet de demande d'échange de permis de conduire étranger et la décision du 4 février 2020 lui refusant l'échange de son permis de conduire kosovar contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange demandé ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision contestée est entachée :

- d'incompétence de l'auteur de la décision ;

- d'erreur de droit en application de l'article R. 222-3 du code de la route et de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 alors qu'en tant que bénéficiaire du statut de réfugié il n'est pas soumis au délai d'un an prévu à l'article 4 I mais au délai de l'article 11 qui est d'un an à compter de la date de début de validité du titre de séjour provisoire c'est-à-dire de son récépissé constatant la reconnaissance d'une protection internationale. Le courrier du 22 mars 2022 du préfet de la Loire-Atlantique essaie de corriger cette erreur ;

- il a été induit en erreur G les services de la préfecture comme le prouve l'attestation de son épouse, la concomitance des dates de réception de son premier titre de séjour et de la demande d'échange de son permis de conduire le 21 octobre 2019 et sa bonne foi puisque ce permis de conduire est indispensable pour l'exercice de sa profession de chauffeur poids lourd.

G un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, le préfet de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que celle-ci est infondée.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale G une décision en date du 17 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés G les États n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont e´te´ entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de la magistrate désignée,

- les observations de M. E en présence d'un interprète.

Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. H E, de nationalité kosovare et entré en France le 3 avril 2017, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire suite à la décision du 18 septembre 2018 prise G la Cour nationale du droit d'asile. Un premier " récépissé constatant la reconnaissance d'une protection internationale " avec droit de travailler, daté du 9 octobre 2018 portant date de validité jusqu'au 8 avril 2019 et signé du titulaire, lui a été remis G la préfecture des Pyrénées orientales. Un deuxième récépissé de la même forme et de la même préfecture, daté du 23 juillet 2019 et valable jusqu'au 4 octobre 2019 a précédé un titre de séjour délivré le 21 octobre 2019 valable jusqu'au 20 octobre 2023.

2. M. E a déposé sa demande d'échange de permis de conduire kosovar contre un permis de conduire français le 21 octobre 2019 et a obtenu un rendez-vous pour cet objet le 4 février 2020. G courrier du 4 février 2020 remis à l'intéressé le jour même, un refus d'échange de son permis de conduire kosovar lui est notifié sur le fondement de l'article 4 I de l'arrêté du 12 janvier 2012, au motif de la tardiveté de sa demande. Dès le 7 février 2020 M. E demande " la révision d'une décision injustifiée " faisant valoir les renseignements erronés transmis G le service d'accueil de la préfecture. G courrier daté du 21 octobre 2021, reçu en préfecture des Pyrénées orientales le 26 octobre 2021, M. E G la voix de son conseil demande à nouveau l'abrogation de la décision du 4 février 2020. Ce n'est que le 16 mars 2022 que les services préfectoraux des Pyrénées orientales transmettent la demande de communication des motifs de la décision implicite de refus d'abrogation de la décision du 4 février 2020, au préfet de la Loire-Atlantique en charge du Centre d'expertise ressources titres échanges de permis de conduire étrangers.

3. G courrier daté du 25 mars 2022, le préfet de la Loire-Atlantique confirme le refus d'échange sur le fondement de l'article 4 I de l'arrêté du 12 janvier 2012, complété de la précision de l'article 11 II du même arrêté qui indique le même délai d'un an pour les réfugiés et bénéficiaires de la protection subsidiaire. M. E demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de refus d'abrogation de la décision de rejet de demande d'échange de permis de conduire étranger et l'annulation de la décision du 4 février 2020 refusant de faire droit à sa demande d'échange de permis de conduire kosovar contre un permis de conduire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision :

4. G arrêté préfectoral du 12 octobre 2020, publié au recueil des actes administratifs n°126 du 12 octobre 2020 de la préfecture de Loire-Atlantique, M. D F, préfet de la région Pays de la Loire et préfet du département de la Loire-Atlantique a donné délégation à M. B C, chef du pôle soutien du Centre d'Expertise des Ressources des Titres (CERT) échange de permis de conduire étrangers et délivrance de permis de conduire internationaux, à l'effet de signer toutes correspondances, pièces et décisions relevant de la compétence du CERT.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'application erronée des textes applicables :

5. Selon l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré G un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies G arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, (). ".

6. Aux termes de l'article 4 de l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés G les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen : " I. - Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. () ". Et aux termes de l'article 11 du même arrêté : " I. - Le délai d'un an pour la reconnaissance et la demande d'échange du permis de conduire pour les bénéficiaires du statut de réfugié, pour les apatrides et les étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, court à compter de la date de début de validité du récépissé constatant la reconnaissance d'une protection internationale. () ".

7. En l'espèce, le requérant a produit à l'instance le premier " récépissé constatant la reconnaissance d'une protection internationale " daté du 9 octobre 2018 et signé G lui-même. Ainsi M. E, pour la reconnaissance et la demande d'échange de son permis de conduire kosovar, disposait d'un délai d'un an à compter de la date de début de validité du récépissé constatant la reconnaissance d'une protection internationale en sa faveur soit à compter du 9 octobre 2018 jusqu'au 9 octobre 2019. Sa demande d'échange de permis de conduire datée du 21 octobre 2019 était donc tardive.

8. Si le requérant fait valoir que les services de préfecture l'ont induit en erreur, il ne l'établit pas de façon probante G l'attestation émanant de son épouse qui relate des échanges informels. La circonstance que le permis de conduire lui est indispensable pour l'exercice de son métier est sans influence sur la légalité des décisions en litige.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions prises G les services de l'Etat et refusant l'échange du permis de conduire kosovar délivré à M. E G les autorités kosovares, sont rejetées.

Sur les autres conclusions :

10. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées G voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation des décisions attaquées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H E, à Me Sène et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public G mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La magistrate désignée,

D. ALa greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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