jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203324 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2022, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai avec interdiction d'y revenir pendant un an et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois après l'avoir autorisé provisoirement au séjour sous huitaine ;
3°) d'enjoindre au préfet de supprimer le signalement dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
L'arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
Le refus de titre
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'absence de délai est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
L'interdiction de retour
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Triolet, présidente,
- et les observations de Me Huard, représentant M. A.
1. M. A, ressortissant guinéen né en janvier 1990, dit être entré en France le 18 juillet 2016. Il y a demandé l'asile le 1er août 2016. Cette demande a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 14 février 2018 et il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire le 28 juin 2018, vainement contestée devant ce tribunal. M. A a demandé le 7 octobre 2021 un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 17 avril 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire sans délai avec interdiction d'y revenir pendant un an et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure.
2. L'arrêté, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Pour justifier de son refus de titre et de la mesure d'éloignement, le préfet n'avait pas l'obligation d'écrire spécifiquement que M. A est présent en France depuis six ans. Au demeurant, l'arrêté précise la date d'entrée en France de l'intéressé. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'interdiction de retour est motivée en fonction des quatre critères devant être pris en compte pour en fixer la durée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. M. A se borne à alléguer très sommairement et sans précision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle alors qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet s'est livré à un examen détaillé de sa situation personnelle. Le moyen doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. S'il est présent en France depuis six ans, M. A y est arrivé à l'âge de 26 ans. Il n'a pas d'attache dans ce pays alors que sa mère, son beau-père et les enfants issus de cette union demeurent dans son pays d'origine. La circonstance que ses qualités personnelles aient été notées lors de son action de bénévolat au sein d'une association de jardinage en 2017 et 2018 ou qu'une promesse d'embauche comme ouvrier agricole lui ait été faite, postérieurement à la décision attaquée, ne permet pas de considérer que le refus de titre et la mesure d'éloignement méconnaîtraient les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou porteraient une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée tel que garanti par les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Dans les mêmes circonstances, ces décisions ne sont pas entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences.
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
7. Il est constant que M. A s'est soustrait à l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 28 juin 2018 de sorte qu'existe une présomption légale, non contestée, qu'il n'exécute pas la présente mesure. La circonstance que l'arrêté en litige en date du 17 avril 2022 ait été notifiée le 1er juin 2022 est sans incidence à cet égard. M. A n'apporte aucune précision ou pièce quant aux liens sociaux ou amicaux qui s'opposeraient à son départ sans délai. Les moyens tirés de ce que le refus de délai de départ est disproportionné ou entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences doivent être écartés.
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. M. A est présent en France depuis six ans mais il ne fait état d'aucun lien particulier avec ce pays. Il ne constitue pas une menace à l'ordre public mais a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces circonstances, en fixant l'interdiction de retour à un an pour un délai maximal de trois ans, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation et, par voie de conséquence, celles en injonction et au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Morel, premier conseiller,
M. Villard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
La présidente-rapporteure,
A Triolet
L'assesseur le plus ancien,
S. MorelLa greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026