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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203398

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203398

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMAISONOBE - OLLIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2022, M. B A, représenté par Me Ollivier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de faire application des dispositions des articles L.911-1, L.911-2 et L.911-3

du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les articles L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 28 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant de ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 11 novembre 2002, déclare être entré en France en 2018 alors qu'il était mineur. Il a résidé sur le sol français sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " Etudiant " entre le 1er décembre 2020 et le 30 novembre 2021. Le 5 novembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 22 avril 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Eléonore Lacroix, secrétaire générale de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 24 septembre 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces actes, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B A est célibataire et sans enfant. Il n'est présent en France que depuis quatre ans alors qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 16 ans. En outre, il a séjourné en France en qualité d'étudiant entre le 1er décembre 2020 et le 30 novembre 2021, ce qui ne lui donne pas vocation à s'installer de manière pérenne dans ce pays. Si M. A se prévaut de la présence de son oncle en France en charge de l'exercice de l'autorité parentale par un jugement Tribunal de Grande Instance de Grenoble en date du 1er juillet 2019, cette circonstance ne saurait suffire à l'obtention d'un titre de séjour alors que ce dernier est depuis devenu majeur. Enfin, il ne démontre pas avoir tissé en France des liens intenses, stables et anciens alors qu'il conserve de fortes attaches familiales en Côte d'ivoire où résident ses parents, son frère et sa sœur. Dans ces conditions, et alors même qu'il se prévaut actuellement d'un contrat à durée déterminée auprès de la société Caterpillar, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère a porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale protégé par l'article 8 précité. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour, et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours serait illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.

7. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le préfet n'a pas non plus entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur son droit à une vie privée et familiale.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également l'être.

Sur les frais d'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : M. B A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Ollivier et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président-rapporteur,

Mme Frapolli première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

C. C

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

I. FRAPOLLI Le greffier,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2202560

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