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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203458

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203458

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2022, M. B A, représenté par Me Bey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a abrogé son récépissé constatant le dépôt d'une demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure compte tenu de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'erreur de droit dans la mesure où le préfet vise une disposition abrogée ;

- il méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet disposait de la possibilité de régulariser sa situation en qualité de salarié.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 11 septembre 1995, serait entré en France, selon ses déclarations, le 19 octobre 2016. Il a présenté une demande de titre de séjour le 1er février 2022, sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et sur celui de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 avril 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a abrogé son récépissé constatant le dépôt d'une demande de titre de séjour. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a demandé que les frais d'instance mis à la charge de l'Etat soient versés à son conseil. Ainsi, il doit être regardé comme ayant sollicité l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (). " Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. A, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 avril 2022 :

4. En premier lieu, l'arrêté du 22 avril 2022 a été signé par Mme Eléonore Lacroix, secrétaire générale de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 24 septembre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 qui ont été abrogées par l'article 6 de l'ordonnance n° 2015-1341 du 23 octobre 2015 relative aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration et qui ne sont plus en vigueur depuis le 1er janvier 2016. A supposer que le requérant ait entendu invoquer les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration qui s'y sont substituées, l'arrêté attaqué comporte, avec une précision suffisante, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. L'autorité administrative n'était pas tenue d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale et professionnelle de l'intéressé. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 22 avril 2022 ne serait pas motivé doit être écarté.

6. En troisième lieu, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 22 avril 2022 serait entaché d'erreur de droit au motif qu'il aurait visé les dispositions abrogées de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que les dispositions précitées, qui sont entrées en vigueur à compter du 1er mai 2021, étaient applicables à la date de l'arrêté contesté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative, qui a également examiné la demande de titre de séjour présentée par le requérant en qualité de salarié, se serait abstenue de rechercher si elle pouvait faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ". Aux termes du 5) de l'article de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser soin séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus () ".

9. M. A déclare être entré en France le 19 octobre 2016. Il se prévaut notamment de son concubinage avec une ressortissante française depuis le mois d'août 2020, des relations qu'il a nouées avec l'enfant de sa compagne issue d'une précédente union et de l'activité professionnelle qu'il exerce dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de préparateur commande. Toutefois, M. A ne justifie pas de l'ancienneté de son séjour en France par les pièces qu'il produit. En outre, le concubinage de l'intéressé présente un caractère récent et il ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il dit avoir noué avec l'enfant de sa compagne. Par ailleurs, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Ainsi, compte tenu des conditions de son séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l'accord franco-algérien doivent être écartés, ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

10. En dernier lieu, M. A ne remplissait pas les conditions requises pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un tel titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bey et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La rapporteure,Le président,

N. BARDADV. L'HÔTE

Le greffier,

P. BUGUELLOU

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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