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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203486

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203486

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2022, M. A C, représenté par

Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa demande de titre de séjour, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué ne comporte ni le nom ni le prénom du signataire et il n'est pas permis d'identifier l'auteur de l'arrêté ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et le préfet ne s'est pas livré à un examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de 1'immigration et de 1'intégration (OFII) permettant d'établir qu'il contient toutes les mentions requises ;

- le préfet de l'Isère ne peut justifier sa décision sur cet avis qui est obsolète ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis du collège de médecins ;

- son état de santé justifie la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Huard, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de la république démocratique du Congo né le 10 mai 1975, déclare être entré en France le 28 décembre 2011. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Il s'est vu délivré des titres de séjour en raison de son état de santé de 2018 à 2021. Le 30 août 2021, il a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 11 mai 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, en vertu de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci.

3. La décision attaquée comporte les nom et prénom de son signataire ainsi que sa qualité, qui permet d'identifier sans ambiguïté son auteur en l'espèce la secrétaire générale de la préfecture de l'Isère. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle dont le requérant entend se prévaloir. Il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de l'Isère a examiné la situation personnelle de M. C. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. /L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'OFII. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

7. En l'espèce, le préfet produit en défense l'avis de l'OFII du 4 novembre 2021 ainsi que le bordereau de transmission de cet avis permettant de justifier de l'identité de leurs auteurs ainsi que de l'absence de participation du médecin instructeur au collège de médecins ayant rendu ledit avis. D'autre part, les trois médecins signataires ont été régulièrement par une décision du directeur général de l'OFII publiée sur le site internet de cette instance, afin de participer au collège à compétence nationale de l'OFII. Par ailleurs, l'avis est conforme aux dispositions réglementaires attendues. En outre, cet avis précise qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays d'origine de l'intéressé, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. S'il fait valoir que cet avis est " obsolète " en raison de son ancienneté, il ne fait état d'aucune évolution de son état de santé justifiant un nouvel avis. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'OFII doit être écarté dans toutes ses branches.

8. En quatrième lieu, la circonstance que le préfet de l'Isère se soit approprié l'avis du collège de l'OFII ne signifie pas qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée. Le moyen doit donc être écarté.

9. En cinquième lieu, M. C souffre d'un trouble cardio-vasculaire grave qui a nécessité la pose d'un pacemaker. Dans un avis du 4 novembre 2021, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que l'intéressé pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. M. C s'est vu délivrer plusieurs titres de séjour en qualité d'étranger malade qui lui ont permis notamment de bénéficier de la pose d'un pacemaker. Les certificats médicaux n'établissent pas que son traitement ne serait pas disponible en République Démocratique du Congo, ne donnent aucun élément sur l'état de l'offre de soins dans son pays d'origine et le système de prise en charge et ainsi ne remettent pas en cause les termes de l'avis du 4 novembre 2021. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, M. C fait valoir qu'il vit en France depuis 10 ans, qu'il est atteint de plusieurs pathologies nécessitant une prise en charge médicale et qu'il est régulièrement sollicité en qualité de manutentionnaire par les agences d'intérim. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a passé la majeure partie de sa vie en République Démocratique du Congo où demeurent ses quatre enfants dont deux enfants mineurs, son épouse et cinq frères et ses sœurs. Ses autorisations de séjour avaient pour objet de lui permettre la réalisation de soins compte tenu de sa pathologie. Enfin, s'il se prévaut des pathologies dont il est atteint, comme il a été dit précédemment il n'établit pas qu'aucun traitement approprié ne serait disponible en RDC, ni qu'il ne pourrait pas en bénéficier. Dans ces conditions, et nonobstant ses missions de bénévolat et son activité d'intérimaire, le refus de titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été édicté. Par suite, il ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité administrative n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire.

12. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.

13. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

14. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9, la décision portant obligation de quitter le territoire ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions aux fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

D. JOURDANLa greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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