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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203539

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203539

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDJINDEREDJIAN KARINE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 8 juin 2022 sous le numéro 2203539, M. B A, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 1er mars 2022, par lequel le préfet de la Haute Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 16 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mai 2022.

II) Par une requête, enregistrée le 8 juin 2022 sous le numéro 2203540, M. C A, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 1er mars 2022, par lequel le préfet de la Haute Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour méconnaît les disposition de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 16 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.

M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mai 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu, au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1.M. C A ressortissant kosovien né le 10 août 1969, déclare être entré irrégulièrement en France le 24 décembre 2014, accompagné de son épouse et de son fils alors mineur, M. B A, né le 9 avril 1998. M. C A et son épouse ont sollicité le 3 février 2015 le statut de réfugié, et ont alors tous deux fait l'objet d'un arrêté portant remise aux autorités hongroises pour l'examen de leur demande. A l'expiration du délai de transfert, leurs demandes d'asile ont été enregistrées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui les a rejetées par deux décisions du 30 mars 2017, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 21 juin 2017. La demande d'asile déposée par M. B A le 13 avril 2016 a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 14 septembre 2016, confirmée par la CNDA le 11 janvier 2017, de même que sa demande de réexamen. M. et Mme A ont alors fait l'objet d'un arrêté du 3 septembre 2018 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, et ont été assignés à résidence pour l'exécution de la mesure d'éloignement le 23 octobre 2018. M. B A a également fait l'objet d'un même arrêté le 3 avril 2017, et le recours qu'il avait formé à son encontre a été rejeté par un jugement du tribunal de céans du 16 mai 2017. MM. Ibush et Arber A ont alors déposé le 5 novembre 2018, chacun en ce qui le concerne, une demande de protection contre l'éloignement en raison de leur état de santé, qui ont toutes deux été rejetées, respectivement le 7 janvier 2019 et le 27 septembre 2019. M. C A ne s'est pas présenté, le 9 janvier 2019, à l'embarquement du vol qui lui avait été réservé pour mettre à exécution la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet. Il a alors été placé en centre de rétention administrative du 17 au 22 mai 2019.

2.Le 3 août 2021, MM. Ibush et Arber A ont déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, en se prévalant notamment de promesse d'embauche de la part de la société Aco, qui a fait l'objet d'un avis favorable par les services de la DIRRECTE. Par les deux arrêtés attaqués du 1er mars 2022, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de faire droit à leur demande et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

3. Les requêtes susvisées concernent la situation de deux étrangers faisant partie de la même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

4.Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ()".

5.En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, de motifs exceptionnels exigés par la loi.

6.MM. Ibush et Arber A font valoir qu'ils résident en France depuis plus de sept ans à la date de la décision attaquée, et ont été embauchés par la SAS Aco pour un emploi d'agent d'entretien dans un centre équestre dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée prenant effet à compter du 1er mars 2021, après avoir travaillé pour cette même entreprise dans le cadre de contrats à durée déterminée à compter respectivement de juillet 2020 et août 2019. Il ressort cependant des pièces du dossier que leur durée de présence en France n'est due qu'au fait qu'ils se sont maintenus sur le territoire malgré une précédente obligation de quitter le territoire français qui leur avait été faite et le rejet de leur demande de protection contre l'éloignement, ainsi que des recours qu'ils avaient formé contre ces décisions. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils disposaient d'une autorisation de travail en France permettant leur embauche par la SAS Aco en 2019 et 2020, quand bien même les demandes d'autorisation de travail déposées le 1er mars 2021 par la SAS Aco ont fait l'objet d'un avis favorable des services de la DIRRECTE. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme A, mère et épouse des requérants, résideraient avec eux en France, les attestations produites se bornant à mentionner la présence en France de MM. A. Ils ne sont en tout état de cause pas dépourvus de liens familiaux au Kosovo où résident au moins deux des enfants majeurs de M. C A, frère et sœur de M. B A. Dans ces conditions, et nonobstant le fait que M. B A soit arrivé mineur en France à l'âge de 15 ans, l'intégration professionnelle des intéressés et leur durée de présence en France ne suffisent à établir ni l'existence de considérations humanitaires auxquelles répondrait leur admission exceptionnelle au séjour, ni l'existence de motifs exceptionnels justifiant qu'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " leur soit délivrée en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /

Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8.Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de MM. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, leurs conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées de MM. Ibush et Arber A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à MM. Ibush et Arber A et au préfet de la Haute-Savoie, ainsi qu'à Me Djinderedjian.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. D et M. E, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

N. E

La présidente,

A. TRIOLET La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203539, n°2203540

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