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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203545

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203545

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDJINDEREDJIAN KARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, M. B C, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 4 mars 2022, par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que le refus de titre de séjour :

- méconnaît les stipulations des articles 4 et 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 12 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu, au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1.M. B C, ressortissant algérien né le 26 mai 1959, est entré régulièrement en France pour la dernière fois le 25 août 2019, sous couvert d'un visa à entrées multiples valable jusqu'au 7 janvier 2020. Il s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de séjour autorisée par son visa mais a bénéficié de trois autorisations provisoires de séjour valable du 6 août 2020 au 17 avril 2021, dans le contexte de la crise sanitaire liée à l'épidémie de la Covid-19. Le 12 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en raison de son état de santé. Par l'arrêté attaqué du 4 mars 2022, le préfet de la Haute-Savoie lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de renvoi.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2.Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / (). 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux demandes des ressortissants algériens tendant à la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées : " () le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

3.Aux termes de l'avis rendu le 23 juin 2021, l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais l'intéressé peut bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire. Si M. C justifie qu'il est atteint d'un diabète présentant des complications sévères, les certificats médicaux et les ordonnances qu'il produit ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis de l'OFII s'agissant de l'existence d'un traitement approprié en Algérie. A cet égard, il ne saurait se prévaloir utilement d'un " article de presse " critiquant le système de santé algérien, qui se borne à énoncer des considérations très générales. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie a pu à bon droit refuser de délivrer au requérant un certificat de résidence sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

4.Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. () ".

5.Il n'est pas contesté par M. C que son épouse n'a jamais formé de demande de regroupement familial en sa faveur, comme le prévoient les stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

6.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7.Pour soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, M. C fait valoir que son épouse réside en France sous couvert d'un certificat de résidence valable dix ans et qu'il ne dispose plus d'attaches en Algérie. Il ressort cependant des pièces du dossier que l'intéressé, qui est entré en France pour la dernière fois à l'âge de 60 ans en 2019, n'est pas dépourvu de tous liens familiaux dans son pays d'origine où résident ses enfants majeurs issus d'une précédente union. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le mariage avec sa nouvelle épouse date du 1er février 2016, et qu'ils se sont séparés dans le courant de l'année 2019. S'il fait valoir qu'ils se sont depuis réconciliés, l'attestation établie par son épouse en ce sens n'est pas suffisamment probante eu égard à son caractère lapidaire et alors que l'intéressé résidait toujours au CCAS de Cran Gevrier à la date d'enregistrement de sa requête. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France et compte tenu des buts poursuivis par son arrêté, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence et en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête susvisée de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Haute-Savoie, ainsi qu'à Me Djinderedjian.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. A et M. D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

N. D

La présidente,

A. TRIOLET La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commisaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203545

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