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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203560

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203560

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203560
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2022, M. A représenté par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mai 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire délivré par les autorités turques contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange demandé dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision contestée est entachée :

- d'insuffisance de motivation ;

- d'erreur de droit en application de l'article R. 222-3 du code de la route et de l'arrêté du 12 janvier 2012 : il a présenté sa demande dans le délai requis et son permis de conduire turc est authentique. Pour permettre à la juridiction de faire la vérification il transmet ses identifiants E DEVLET qui permet d'effectuer les démarches administratives : le préfet a donc eu tort de refuser l'échange de permis puisqu'il justifie de ses droits à conduire en Turquie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que celle-ci est infondée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont e´te´ entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de la magistrate désignée,

- les observations de M. A en présence d'un interprète.

Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité turque et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 11 mars 2031, a déposé le 26 mai 2021 via la télé-procédure, une demande d'échange de son permis de conduire turc délivré le 6 février 2017, contre un permis de conduire français. Par décision du 10 mai 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande au motif que le permis de conduire de sa demande est une contrefaçon. M. A demande l'annulation de la décision lui refusant l'échange.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision du 10 mai 2022 indique que le refus d'échange de titre en litige est opposé sur le fondement de l'article R 222-3 du code de la route et de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé qui prévoit que l'échange ne concerne que les permis délivrés " régulièrement " au nom d'un Etat. La décision précise ensuite la date de dépôt de la demande, le pays de délivrance du permis ainsi que sa date de délivrance et enfin que l'examen du titre original produit par M. A présente de nombreuses différences avec le document authentique de même modèle et que ce document est une contrefaçon. Ainsi la décision défavorable est motivée en fait et en droit et le moyen tiré du défaut de motivation est écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'application erronée des textes applicables

4. Selon l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, (). ". L'arrêté du 12 janvier 2012, prévoit à l'article 7 : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. () ". La délivrance régulière du titre de conduite par des autorités étrangères se vérifie par le contrôle de l'authenticité du titre présenté à l'échange, sur des critères de fabrication garantissant des sécurités contre la fraude notamment les caractéristiques du support, les modes d'impression, les cachets des autorités, la liaison photo et support.

5. En l'espèce le permis de conduire turc présenté par le requérant a fait l'objet d'un examen par le service spécialisé de la police nationale. Le rapport du spécialiste de la fraude documentaire, produit à l'instance, démontre deux anomalies. D'une part, le fond d'impression du titre examiné est réalisé en impression jet d'encre au lieu de l'être en impression offset, ce qui explique le manque de qualité de l'impression qui rend illisible le texte en micro - impression présent sur le fond d'impression. D'autre part, au verso du document la numérotation fiduciaire est aussi réalisée en impression jet d'encre au lieu de l'être en gravure laser, ce qui rend flou le graphisme géométrique sur le fond d'impression. Le rapport conclut que le permis de conduire turc présenté par le requérant est donc une contrefaçon de permis de conduire turc, c'est-à-dire une reproduction intégrale non autorisée d'un document sécurisé authentique normalement délivré par les autorités officielles.

6. Si le requérant se prévaut de documents qui seraient issus d'un site de démarches administratives et qui attestent de ses droits à conduire en Turquie, ceux-ci ne sont pas de nature à transformer une contrefaçon en document authentique et à justifier la délivrance d'un permis de conduire français authentique par les autorités françaises. Dans ces conditions, le préfet était tenu de refuser la délivrance d'un permis de conduire français à M. A.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 mai 2022 par laquelle le préfet du département de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange du permis de conduire turc du requérant contre un permis de conduire français, sont rejetées.

Sur les autres conclusions :

8. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation de décision attaquée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La magistrate désignée,

D. BLa greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203560

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