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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203603

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203603

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 13 juin 2022 sous le n° 2203603, Mme C D épouse B, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- le refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application du pouvoir de régularisation du préfet dès lors qu'en application de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, elle peut se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 NOR INTK1229185C dont elle remplit les critères, ses enfants étant scolarisés depuis sept ans ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation commise dans l'application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 13 juin 2022, sous le n° 2203605, M. A B, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il invoque les mêmes moyens que ceux soulevés par Mme B dans la requête n° 2203603.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Mme et M. B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 30 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- la circulaire NOR INTK1229185C du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 sur les conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme et M. B, ressortissants algériens nés en 1977 et 1972, sont entrés en France le 10 août 2015, accompagnés de leurs trois enfants. Après le rejet de leurs demandes d'asile confirmé par la Cour nationale du droit d'asile, le préfet de l'Isère leur a fait obligation de quitter le territoire par deux arrêtés du 28 mars 2018, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif le 15 juin 2018. Le 12 octobre 2018, Mme B a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Par un avis émis le 7 décembre 2018, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Le 15 novembre 2019, Mme et M. B ont sollicité leur admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par deux arrêtés du 22 avril 2022, le préfet de l'Isère a refusé de leur délivrer les titres sollicités, leur a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à une interdiction de retour d'une durée d'un an.

2. Les requêtes sont présentées par des conjoints et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la compétence du signataire des arrêtés :

3. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme Eléonore Lacroix, secrétaire générale de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 24 septembre 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces actes, qui manque en fait, doit être écarté.

Sur les refus de délivrance de certificats de résidence :

4. Les documents de portée générale émanant d'autorités publiques, tels que les circulaires, peuvent être déférés au juge de l'excès de pouvoir lorsqu'ils sont susceptibles d'avoir des effets notables sur les droits ou la situation d'autres personnes que les agents chargés de les mettre en œuvre. Toutefois, en dehors des cas où il satisfait aux conditions fixées par la loi ou par un engagement international pour la délivrance d'un titre de séjour, un étranger ne saurait se prévaloir d'un droit à l'obtention d'un tel titre. S'il peut, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que la décision du préfet, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012, et notamment de celles relatives à l'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière, à l'encontre des décisions contestées leur refusant la délivrance d'un titre de séjour.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance, 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

6. Mme et M. B font valoir qu'ils résident en France depuis sept ans, que Mme B souffre de diabète, qu'elle suit les cours de français d'une association caritative et apporte son concours bénévole à celle-ci et qu'elle garde certains week-ends les enfants de son frère demeurant à Lyon. Ils précisent que leur fille âgée de 19 ans a obtenu en 2021 le certificat d'aptitude professionnelle agricole spécialité " service et vente en espace rural ", que leur fille âgée de 17 ans a présenté en 2022 l'examen du certificat d'aptitude professionnelle " équipier polyvalent du commerce " et que leur fille âgée de 11ans est élève de sixième. Toutefois, Mme et M. B ont vécu la plus grande partie de leur vie en Algérie et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils courent dans ce pays des risques faisant obstacle à la poursuite d'une vie privée et familiale normale, ni que Mme B ne pourrait pas y bénéficier du traitement médical que son état de santé nécessite. Il ne résulte pas davantage des pièces du dossier que leurs enfants, dont l'une est majeure sans titre de séjour, ne pourraient pas, en Algérie, exercer les professions auxquelles elles ont été formées ni poursuivre leur scolarité. Par suite, les refus de délivrance de certificats de résidence ne portent pas au droit de M. et Mme B au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ces décisions. Dès lors, les moyens tirés de la violation des stipulations citées au point précédent doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Les refus de séjour n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les requérants de leurs enfants mineurs. Les requérants ne font état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale hors de France, notamment en Algérie dont tous les membres de la famille ont la nationalité. Ainsi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de l'Isère aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte des circonstances de fait exposées au point 6 que les refus de délivrance des certificats de résidence sollicités ne sont pas entachés d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle des intéressés.

Sur les obligations de quitter le territoire :

10. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité des refus de délivrance de titres de séjour.

11. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6.

12. Il résulte des circonstances exposées au point 8 que le moyen selon lequel ces obligations de quitter le territoire français violeraient les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

Sur les délais de départ volontaire :

13. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité des refus de délivrance de titres de séjour et des obligations de quitter le territoire français.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

14. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité des refus de délivrance de titres de séjour et des obligations de quitter le territoire français.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

15. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité des refus de délivrance de titres de séjour et des obligations de quitter le territoire français.

16. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

17. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire de 30 jours qui leur avait été accordé par les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français du 29 mars 2018. Le préfet de l'Isère était dès lors fondé à édicté des interdictions de retour sur le territoire français. Il résulte des circonstances exposées au point 6, alors même que le comportement des intéressés ne présente pas une menace pour l'ordre public, que le préfet n'a pas entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation en prononçant à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

18. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que les décisions seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 6.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme et M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles fondées sur les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme et M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse B, à M. A B, à Me Sabatier et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, première conseillère,

Mme Permingeat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le président rapporteur,

T. E

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Bailleul

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,2203605

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