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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203649

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203649

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°/ Par une requête enregistrée, sous le n°2203650, le 15 juin 2022, M. B C, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé son admission au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour d'un an assortie d'une autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

II°/ Par une requête enregistrée, sous le n°2203649, le 15 juin 2022, Mme A C, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé son admission au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour d'un an assortie d'une autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

Les refus d'admission au séjour :

- sont insuffisamment motivés ;

- sont entachés d'un défaut d'examen de leur situation ;

- sont entachés d'un vice de procédure en l'absence de justification des avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), de l'existence des rapports médicaux établis par le médecin de l'OFII et d'une composition du collège de médecins conforme à celle prévue par l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- méconnaissent l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaissent l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

Les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

- sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité des décisions d'admission de titre de séjour ;

- sont insuffisamment motivées ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Les décisions fixant le pays de destination sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité des décisions d'admission au séjour et des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

Les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français ;

- sont insuffisamment motivées ;

- n'étaient pas nécessaires.

M. C soutient également que l'arrêté portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense enregistrés le 16 août 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet des requêtes.

Il fait valoir que les moyens des requêtes ne sont pas fondés.

M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 10 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Mathis pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants bosniens, nés respectivement en 1988 et 1995, déclarent être entrés sur le territoire français le 19 septembre 2019 accompagnés de leurs deux enfants mineurs. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par décisions du 31 janvier 2020, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 30 juin 2020. Par arrêtés du 12 mars 2020, le préfet de la Savoie les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction sur le retour sur le territoire français durant un an, arrêtés confirmés par le tribunal administratif de Grenoble le 17 juin 2020. Le 22 avril 2021, M. C a présenté une demande d'admission au séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 7 juin 2021, Mme C a présenté une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les arrêtés attaqués, le préfet de la Savoie a rejeté ces demandes, a assorti ces refus d'obligations de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a prononcé des interdictions de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

2. Les requêtes ci-dessus visées sont relatives à la situation administrative d'un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une même décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne M. C :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lui-même rendu après transmission d'un rapport médical établi par un médecin instructeur qui ne doit pas siéger au sein de ce collège.

4. M. C soutient que l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions citées au point précédent, et notamment celle prévoyant que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 3 juin 2021 soit précédé d'un rapport établi par un médecin de l'OFII. Malgré une mesure d'instruction diligentée par le tribunal, le préfet de la Savoie n'a fourni aucun élément d'information concernant le requérant permettant de s'assurer du respect de cette procédure. Par suite, l'avis, rendu par le collège de médecins de l'OFII sans que soit préalablement établi le rapport médical prévu par les dispositions citées au point précédent et qui constituait pour M. C une garantie, est irrégulier. La décision de refus de titre de séjour, prise sur le fondement de cet avis irrégulier, est donc elle-même irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête de M. C, que la décision de refus de titre de séjour le concernant doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

En ce qui concerne Mme C :

6. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, l'arrêté visant Mme C, qui a pour effet d'entraîner une séparation du couple ayant deux enfants mineurs pour une durée qui ne peut être déterminée à ce jour, porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués par Mme C, il doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'annulation qui vient d'être prononcée n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à M. C, mais uniquement que le préfet de la Savoie prenne une nouvelle décision sur sa demande, comme sur celle de son épouse et les mette en possession, dans l'attente d'autorisations provisoires de séjour. Ces mesures doivent être prescrites assorties de délais d'exécution respectifs de deux mois et de huit jours à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Mathis au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :Les arrêtés des 11 mars 2022 sont annulés.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de la Savoie de réexaminer la situation de M. et Mme C et de leur délivrer dans l'attente des autorisations provisoires de séjour, dans des délais respectifs de deux mois et de huit jours à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 :L'Etat versera à Me Mathis une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme A C, à Me Mathis et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

A. D

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2203650 et 223649

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