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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203671

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203671

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOMBES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juin 2022 et le 28 juin 2022, M. C A, représenté par Me Combes, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 19 janvier 2022, par laquelle le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 91-647 du 10 juillet 1991.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen présenté dans la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2201681 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Rouyer, greffier d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Combes pour M. A ainsi que ce dernier.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; qu'enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. " ;

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. M. A, de nationalité guinéenne, né en 1998, est entré en France en 2017, à l'âge de 19 ans. Il a suivi diverses formations en matière de restauration collective et dans le domaine du bâtiment. Avec sa compagne, de nationalité française, ils ont donné naissance à une enfant, prénommée Sarah, née le 1er septembre 2021. Mme D, sa compagne, est enceinte depuis le mois de mars 2022. La réalité de la vie commune, l'attention et les soins dont témoigne M. A à l'égard de Mme D et de leur enfant sont clairement établis par les multiples pièces versées au dossier. Dans ces conditions, l'exécution de la décision attaquée qui empêche l'intéressé de contribuer de manière plus significative à l'entretien de l'enfant Sarah, comme de celui à naître, est de nature à porter atteinte aux intérêts de M. A et de sa famille. Ainsi, malgré l'existence d'une obligation de quitter le territoire, dont la notification à M. A n'est au demeurant pas établie, la condition d'urgence est remplie.

4. Au regard de ce qui précède, et de la réelle implication de M. A à l'égard de ses enfants de nationalité française et de la possibilité pour lui de contribuer, par son travail à l'entretien de sa famille, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990, sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. Les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision attaquée et d'ordonner au préfet de la Drôme de délivrer à M. A un titre de séjour, dans un délai d'un mois, et dans l'attente de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 91-647 du 10 juillet 1991.

7. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce d'admettre le requérant à l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C A est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du préfet de la Drôme en date du 19 janvier 2022 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Drôme de délivrer à M. A un titre de séjour, dans un délai d'un mois, et dans l'attente de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 91-647 du 10 juillet 1991

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Combes et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Drôme .

Fait à Grenoble, le 1er juillet 2022.

Le juge des référés, La greffière,

P. B L. Rouyer

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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