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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203682

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203682

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGHANASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Ghanassia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé l'Algérie comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien, ou à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant l'Algérie comme pays de destination n'est pas motivée et est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Argenson ;

- et les observations de Me Borges de Deus Correia, substituant Me Ghanassia, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 19 mai 1960, déclare être entrée en France en 2000, y avoir fait la même année une demande d'asile qui a été rejetée et y avoir séjourné continûment depuis. Suite à sa demande de titre de séjour du 19 novembre 2018, elle s'est vu opposer, le 25 mai 2020, un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, qu'elle n'a ni contesté, ni exécuté. Elle a de nouveau sollicité un titre de séjour le 8 octobre 2021. Dans la présente instance, elle demande l'annulation de l'arrêté du 5 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'obligé à quitter le territoire français et a fixé l'Algérie comme pays de destination.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué comporte les considérations circonstanciées et individualisées de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé en toutes ses décisions.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; / () ".

4. Le préfet de l'Isère a estimé que les pièces fournies par la requérante ne permettaient pas d'établir une résidence habituelle sur le territoire français depuis l'année 2000. Mme B ne produit dans la présente instance aucune pièce antérieure à l'année 2009, à l'exception du récépissé de sa demande d'asile du 13 mai 2000. S'agissant des pièces postérieures à l'année 2009, l'intéressée se borne à produire 4 à 5 documents par an, pour l'essentiel des factures et des pièces médicales, dont la valeur probante n'est pas toujours certaine et qui ne permettent pas, en tout état de cause, d'attester d'une présence habituelle sur le territoire français au cours de la période en litige, l'intéressée ne produisant aucun document relatif à une quelconque vie sociale ou associative, ni de témoignages de présence. Elle n'allègue pas, en outre, avoir eu la qualité d'étudiante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ne peut qu'être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

6. Mme B soutient, outre qu'elle réside en France depuis l'année 2000, qu'elle vit chez son frère, qu'un autre frère et trois sœurs sont présents sur le territoire français dont une est de nationalité française, enfin que son fils est également présent sur le territoire français, ainsi que des cousines, et qu'elle est titulaire d'une promesse d'embauche. Toutefois, l'intéressée ne produit aucun document attestant de la réalité et de l'intensité des attaches familiales dont elle se prévaut. Il ressort en outre des pièces du dossier que son fils, dont l'identité n'est pas documentée, n'est pas en situation régulière sur le territoire français. Enfin, Mme B n'établit pas, comme il a été dit au point 4, avoir vécu habituellement en France depuis l'année 2000. Elle n'établit pas non plus être dépourvue d'attaches en Algérie, où elle a vécu au moins, selon ses dires, jusqu'à l'âge de 40 ans. Dans ces conditions, la décision portant refus de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Les conclusions à fin d'annulation des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée et tirée de son défaut de base légale, en raison de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Les conclusions à fin d'annulation étant rejetées, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Ghanassia et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président rapporteur,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le rapporteur,

P.-H. D'ARGENSON

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220368

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