mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203685 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A (BESCOU & SABATIER) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juin 2022, M. A B, représenté par Me Bescou, demande au tribunal:
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2022-NMA-009 du 22 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte journalière de 100 euros, de lui délivrer un certificat algérien d'un an portant le mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure, faute de saisine du collège de médecins de l'OFII, en méconnaissance des article R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet ne démontre pas que l'avis médical a été rendu par un collège de trois médecins habilités, distincts du praticien ayant établi le rapport médical ;
- il méconnaît le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, en ce que sa pathologie nécessite des soins, dont le défaut pourrait entraîner de graves conséquences, et ces soins sont non disponibles en Algérie ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Par un mémoire enregistré le 30 août 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 13 septembre 2022 le rapport de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 21 avril 1990, déclare être entré en France le 3 février 2020. Le 2 septembre 2021, il a demandé aux services du préfet de l'Isère un titre de séjour en raison de son état de santé. Dans la présente instance, il demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susvisé du 22 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a opposé un refus à sa demande en l'obligeant à quitter le territoire dans le délai de trente jours avec fixation du pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte:
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Lacroix, secrétaire général de la préfecture, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 24 septembre 2021, régulièrement publié ; par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. D'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ". Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de ces stipulations, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux ressortissants algériens : " Pour l'application de l'article L.425-9, le préfet délivre la carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre./ () [Le médecin de l'office] transmet son rapport médical au collège de médecins.. Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ()".
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du bordereau de transmission du directeur territorial de l'Office du 11 octobre 2021, ainsi que de l'avis rendu le même jour par le collège des médecins de l'OFII sur la situation médicale de M. B, que cet avis a été pris par un collège de trois médecins sur la base d'un rapport médical établi par un quatrième médecin de l'Office qui n'a pas siégé au collège conformément aux dispositions précitées. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, lesdits médecins ont été régulièrement désignés par la décision du 1er octobre 2021 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII, publiée notamment sur le site Internet de l'Office. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure entachant le refus de titre attaqué doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'avis rendu par l'OFII cité au point précédent estime que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de l'Algérie, il peut effectivement y bénéficier d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque.
7. Il ressort des pièces du dossier qu'en 2019, M. B, impliqué dans un accident de la voie publique en Algérie, s'est gravement fracturé le tibia gauche avec pseudarthrose septique et pandaphysite. Ce diagnostic a nécessité une ostéosynthèse, puis une amputation trans-tibiale réalisée en France en avril 2021. Un compte rendu d'hospitalisation du 16 juillet 2021 note une évolution favorable du moignon d'amputation avec une cicatrisation complète. Une réaction allergique à deux médicaments a entraîné la correction de son traitement, sans récidive d'anomalie selon ledit compte-rendu. Les pièces médicales produites au titre des années 2021-2022 sont essentiellement des consultations d'appareillage tendant à régler sa prothèse pour soulager ses douleurs. Ces éléments établissent donc l'efficacité du traitement curatif subi et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé du requérant, à la date de la décision attaquée, nécessiterait des soins que le système sanitaire algérien, qu'il se borne à envisager dans sa globalité, serait inapte à prendre en charge. Ainsi, M. B ne remet pas en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII tel que décrit au point 6 et n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien en lui refusant un certificat de résidence.
8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que M. B ait de fortes attaches familiales ou amicales en France, alors que toute sa famille réside en Algérie, Etat qu'il a quitté depuis moins de trois ans, à l'âge de 29 ans. Le suivi médical et orthopédique tel que décrit au point précédent n'est par ailleurs pas, en tant que tel, protégé par les stipulations précitées. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté par les motifs énoncés aux points 7 et 8.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
10. L'exception d'illégalité du refus de titre ainsi que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, directement invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés par les motifs exposés aux points précédents.
11. Le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 doit être écarté par les motifs énoncés au point 7.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. L'exception d'illégalité du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire, directement invoquée contre la décision désignant le pays de destination, doit être écartée par les motifs exposés aux points précédents.
13. Considérant qu'aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. B n'établissant pas que son suivi médical et orthopédique ne pourrait pas se poursuivre en Algérie, ainsi qu'il a été dit au point 7, il n'est pas fondé à soutenir que les conditions de sa prise en charge médicale en Algérie seraient constitutives de traitements inhumains et dégradants au sens des stipulations précitées.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
15. Les conclusions présentées par M. B, la partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Frapolli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.
Le rapporteur,
I. C
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2203685
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026