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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203720

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203720

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantFLORENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 juin 2022, le 24 avril 2023 et le 31 août 2023, M. A D, représenté par Me Florent, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes a refusé de reconnaître sa maladie comme imputable au service;

2°) d'enjoindre au président de la région Auvergne-Rhône-Alpes de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de la région Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- en application des dispositions combinées de l'article 37-8 du décret du 30 juillet 1987 et du IV " Troubles de l'humeur " du décret n°68-756 que son taux d'IPP devait se situer entre 10 et 30% voire entre 30 et 80% s'agissant du point III; le médecin du travail avait estimé que son taux était égal ou supérieur à 25% ;

- sa pathologie étant bien hors cadre, l'imputabilité au service de la maladie doit être reconnue dès lors que le taux d'IPP est égal ou supérieur à 25%.

Par des mémoires enregistrés le 5 octobre 2022 et le 12 juin 2023, la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La région soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dans le temps par la décision attaquée, fondée sur l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique ; en effet, dès lors que la maladie du requérant a été diagnostiquée antérieurement à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019, sa situation reste régie par l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984.

En réponse au moyen relevé d'office, la région Auvergne-Rhône-Alpes a présenté un mémoire, enregistré le 30 avril 2024, par lequel elle maintient ses conclusions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- l'ordonnance n°2017-53 du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, notamment son article 10 ;

- le décret n°68-756 du 13 août 1968 pris en application de l'article L. 28 (3e alinéa) de la loi n°64-1339 du 26 décembre 1964 portant réforme du code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n°2007-913 du 15 mai 2007 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux des établissements d'enseignement ;

- le décret n°2019-301 du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 :

- le rapport de Mme Frapolli,

- les conclusions de M. B,

- les observations de Me Florent, représentant M. D,

- et les observations de Mme C, représentant la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Une note en délibéré a été enregistrée pour la région Auvergne Rhône-Alpes le 13 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, adjoint technique territorial des établissements d'enseignement, a été recruté en 2009 par la région Auvergne Rhône-Alpes et exerce des fonctions d'agent d'entretien et de veilleur de nuit au lycée Camille Vernet, dans la Drôme. Il a connu depuis 2018 plusieurs épisodes dépressifs " réactionnels ". A nouveau placé en congé de maladie à compter du 19 février 2021, il a demandé le 24 février 2021 la reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome anxio dépressif dont il souffre. Dans la présente instance, M. D demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susvisé du 27 avril 2022 par lequel le président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes a opposé un refus à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation:

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ;

2. D'une part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. ()/ IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. ()/ Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat.(). " Aux termes de l'article 37-2 du décret du 30 juillet 1987 susvisé dans sa version modifiée par le décret susvisé du 10 avril 2019: " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire () adresse par tout moyen à l'autorité territoriale une déclaration d'accident de service () accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. La déclaration comporte : 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie () ; 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, le cas échéant, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant ". Aux termes de l'article 37-3 de ce même décret, créé par le décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale : " I.- La déclaration d'accident de service () est adressée à l'autorité territoriale dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. / Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 37-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. (/ II.- La déclaration de maladie professionnelle prévue à l'article 37-2 est adressée à l'autorité territoriale dans le délai de deux ans suivant la date de la première constatation médicale de la maladie ou, le cas échéant, de la date à laquelle le fonctionnaire est informé par un certificat médical du lien possible entre sa maladie et une activité professionnelle. ()/ IV. Lorsque les délais prévus aux I et II ne sont pas respectés, la demande de l'agent est rejetée. / Les délais prévus aux I, II et III ne sont pas applicables lorsque le fonctionnaire () justifie d'un cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes ". Les dispositions transitoires de ce décret du 10 avril 2019 prévoient, en son article 15, que : " () Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 37-2 à 37-7 du décret du 30 juillet 1987 précité ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret. / Les délais mentionnés à l'article 37-3 du même décret courent à compter du premier jour du deuxième mois suivant la publication du présent décret lorsqu'un accident ou une maladie n'a pas fait l'objet d'une déclaration avant cette date ". Publié au Journal officiel de la République Française du 12 avril 2019, ce décret est entré en vigueur le 13 avril 2019.

3. Il résulte de ces dispositions que les conditions de délai prévues à l'article 37-3 du décret du 30 juillet 1987, dans sa rédaction issue du décret du 10 avril 2019, sont applicables aux demandes initiales de congé pour invalidité temporaire imputable au service motivé par une maladie dont la déclaration a été déposée après le 13 avril 2019, alors même que la maladie en cause serait survenue antérieurement. Ces délais courent alors à compter du 1er juin 2019.

4. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration de maladie, que la décision litigieuse rejette en raison d'un taux d'IPP estimé inférieur à 25%, a été déposée par M. D le 24 février 2021, soit postérieurement à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019. Sa demande était alors soumise au délai de deux ans instauré par le II. de l'article 37-3 du décret du 30 juillet 1987 lequel, compte tenu de la date de la constatation de cette maladie le 11 janvier 2018, a commencé à courir le 1er juin 2019, en application du principe rappelé au point précédent. Ce délai n'était ainsi pas échu à la date du dépôt de sa déclaration, contrairement au premier avis émis par la commission de réforme le 4 novembre 2021.

5. D'autre part, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, le syndrome anxio -dépressif dont souffre M. D a été diagnostiqué dès 2018, de sorte que sa situation, hors conditions de formes et de délai prévues aux articles cités au point 2, restent régie par les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa version antérieure à l'ordonnance susvisée.

6. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable en l'espèce, c'est-à-dire antérieure à l'ordonnance susvisée : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. ".

7. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

8. La décision attaquée a été prise au visa de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique. En opposant exclusivement à M. D un taux d'IPP insuffisant, la région Auvergne Rhône Alpes a plus précisément entendu faire application du 3° de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique, qui codifie les dispositions citées au point 2 du dernier alinéa du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 applicable aux maladies non désignées dans les tableaux de maladies professionnelles du code de la sécurité sociale. La Région Auvergne-Rhône-Alpes a ainsi méconnu le champ d'application de la loi en examinant la demande du requérant sur le fondement de dispositions inapplicables en l'espèce, le critère du taux d'incapacité permanente induite par la maladie étant au demeurant totalement étranger aux dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, qui seules régissent la situation de l'intéressé, ainsi qu'il a été dit au point 5.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes a refusé de reconnaître imputable au service la maladie de M. D doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction:

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, M. D est fondé à demander le réexamen de sa situation. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens au président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et de lui impartir un délai de cinq mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais du litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la région Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 1 500 euros à verser à M. D. Les conclusions présentées par la région Auvergne-Rhône-Alpes, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes a refusé de reconnaître imputable au service la maladie de M. D est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes de réexaminer la situation de M. D dans un délai de cinq mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : La région Auvergne-Rhône-Alpes versera à M. D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Pollet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le président,

J.P. WYSS

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne à la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2203720

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