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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203769

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203769

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203769
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP FAYOL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 21 juin 2022 et le 5 juillet 2022, Mme A, représentée par Me Blanc, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 26 avril 2022 prise par le centre communal d'action sociale de Valence (CCAS) et entrainant sa révocation ;

2°) d'enjoindre au CCAS de la réintégrer immédiatement dans ses fonctions et de reconstituer ses droits à pension et sa carrière dans un délai de 15 jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du CCAS une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car cette décision a pour effet de la priver de toute rémunération ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision car elle est entachée d'un vice de procédure, l'avis rendu par le conseil de discipline étant entaché d'irrégularité compte tenu de la partialité de l'un de ses membres ; la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ; la décision est entachée d'erreur de qualification juridique des faits et n'est pas proportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, le centre communal d'action sociale de Valence, représenté par Me Petit conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 6 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2203732 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique M. B a lu son rapport et entendu :

- Me Blanc pour Mme A ;

- Me Deguerry pour le CCAS de Valence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, agent titulaire de la fonction publique territoriale, exerce les fonctions d'agent d'hébergement au sein de l'Ehpad Marie France Préault géré par le CCAS de Valence depuis 1988. Elle a été placée en congé de maladie au cours du mois de mars 2019 et elle a repris le travail le 28 mars 2022. Le 28 février 2022, le CCAS de Valence a décidé d'engager une procédure disciplinaire à son encontre au motif qu'elle aurait exercé une activité rémunérée durant son congé de maladie. Mme A demande la suspension de la sanction disciplinaire prise par le CCAS de Valence le 26 avril 2022, portant révocation de ses fonctions.

2. Les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative permettent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Mme A fait valoir que sa situation est urgente dès lors qu'elle se retrouve sans rémunération. Toutefois, la décision litigieuse n'a pas pour effet de la priver de toutes ressources dès lors qu'elle pourra percevoir les allocations de retour à l'emploi. Si ces indemnités ne sont pas équivalentes à celles qu'elle percevait préalablement, il ressort manifestement des pièces du dossier que Mme A estimait, avant la décision litigieuse, percevoir des revenus confortables qui lui permettaient, selon ses propres déclarations, de parcourir 1 200 km par mois pour rendre visite à une personne âgée sans recevoir de compensation financière. Dès lors qu'il est constant que ces dépenses ne sont plus à sa charge du fait du placement de la personne dont elle s'occupait en Ehpad, elle n'apporte aucun élément permettant de justifier que cette décision porte atteinte à son équilibre financier. S'il est certain que cette décision a pour effet de l'éloigner de son emploi, Mme A n'a toutefois exercé son métier que sur une courte période d'un mois depuis le mois d'octobre 2019, entre le 28 mars 2022 et le 4 mai 2022. La décision n'emporte ainsi, dans les circonstances de l'espèce, qu'un effet relatif sur son quotidien. Ainsi, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'apparait pas remplie en l'espèce.

5. Sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse, il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins de suspension et d'injonction doivent être rejetées.

6. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées à ce titre par Mme A. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu non plus de faire droit aux conclusions présentées par le centre communal d'action sociale sur ce fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre communal d'action sociale de Valence sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au centre communal d'action sociale de Valence.

Fait à Grenoble, le 12 juillet 2022.

Le juge des référés, Le greffier,

P. B Ph. BUGUELLOU

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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