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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203812

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203812

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin 2022 et le 19 août 2022,

M. F, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme, si la décision est annulée pour un motif de forme, de réexaminer son dossier dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et, si la décision est annulée pour un motif de fond, de lui accorder le titre de séjour sollicité l'autorisant à travailler, dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* la décision portant refus de titre de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- n'a pas été précédée d'une saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et le préfet ne s'est pas livré à un examen attentif et particulier de sa situation personnelle ;

*les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant la Tunisie comme pays de destination :

- sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 août 2022 et le 22 août 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme BARRIOL, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant brésilien né le 19 septembre 1989, est entré en France le 25 septembre 2021. Le 4 avril 2022, il a déposé une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 mai 2022, la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la présente requête,

M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision a été signée par Mme A Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire du refus de délivrance d'un titre de séjour manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté que la préfète de la Drôme a examiné la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 12 de la loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 : " la conclusion d'un pacte civil de solidarité constitue l'un des éléments d'appréciation des liens personnels en France, au sens du 7° de l'article 12 bis de l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France, pour l'obtention d'un titre de séjour ". Il résulte de ces dispositions qu'à elle seule la conclusion d'un pacte civil de solidarité par un étranger soit avec un ressortissant français soit avec tout ressortissant étranger en situation régulière, n'emporte pas délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire. La conclusion d'un tel pacte constitue toutefois un élément de la situation personnelle de l'intéressé, dont l'autorité administrative doit tenir compte pour apprécier si un refus de délivrance de la carte de séjour sollicitée par le demandeur, compte tenu de l'ancienneté de la vie commune avec son partenaire, n'entraînerait pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

5. M. C fait valoir qu'il est entré en France en septembre 2021, qu'il a noué une relation depuis 2019 avec une ressortissante française, qu'ils envisagent de se marier et qu'ils ont contracté un pacte civil de solidarité (PACS) le 18 octobre 2021. Toutefois, M. C est arrivé en France à l'âge de 32 ans soit depuis seulement huit mois à la date de la décision contestée. M. C, qui ne justifie pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine, le Brésil, où il a vécu la plus grande partie de sa vie et où résident ses parents, ses sœurs et un enfant, ne peut être regardé comme ayant établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française le 18 octobre 2021, en l'absence de toute autre attache familiale ou sociale, il ne justifie pas, et à supposer même que sa relation de couple aurait débuté en 2019 comme il le soutient, d'une relation ancienne et stable sur le territoire français. Ainsi, M. C ne saurait être regardé comme ayant sur le territoire français une vie privée et familiale ancrée dans la durée, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier de la durée et des conditions de séjour en France. Compte-tenu de ces éléments, la préfète de la Drôme n'a pas fait une inexacte appréciation des liens personnels et familiaux de M. C en France et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète de la Drôme n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

6. En quatrième lieu, M. C soutient que la préfète de la Drôme était tenue de saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il était en droit de se prévaloir de l'article L. 423-23 du même code. Toutefois, comme il a été dit au point précédent, il ne remplissait pas effectivement les conditions prévues par cette disposition. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure, à défaut de saisine préalable de la commission du titre de séjour, doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination.

8. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions aux fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

La rapporteure,

E. BARRIOL

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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