mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203832 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | SELARL CABINET D'AVOCATS DUFOUR & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 21 juin 2022 et le 1er février 2023, M. C représenté par Me Dufour, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 10 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions de retrait de points consécutives aux sept infractions commises entre le 19 octobre 2017 et le 22 décembre 2020 ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet du recours gracieux, daté du 23 mars 2022 et adressé à l'officier du ministère public, afin de classer sans suite des amendes forfaitaires majorées ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui reconstituer son capital de points et de lui restituer son titre de conduite dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions de retraits de points ne lui ont pas été notifiées ;
- il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a au cours de l'audience publique, présenté son rapport. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C demande au tribunal l'annulation de la décision référencée " 48SI " du 10 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux sept infractions commises les 19 octobre 2017, 23 juin 2019, 22 novembre 2019, 22 janvier 2020, 1er avril 2020, 29 avril 2020 et 22 décembre 2020.
Sur l'étendue du litige
2. Il ressort du relevé d'information intégral de M. C, daté du 18 juillet 2022 et produit par le ministre de l'intérieur au soutien de son mémoire en défense, que l'infraction du 19 octobre 2017 n'y figure pas et que le point retiré à la suite de l'infraction commise le 29 avril 2020 a été restitué le 4 juillet 2021, soit antérieurement à la requête. Par suite, les conclusions dirigées contre ces décisions sont irrecevables.
3. En revanche les infractions commises les 10 septembre 2019, 2 octobre 2019, 13 juillet 2021 et 18 novembre 2021, mentionnées sur la décision attaquée " 48SI " ont donné lieu à des retraits de points ayant contribué au solde de points nul du permis de conduire du requérant.
4. Enfin le Tribunal administratif n'est pas compétent concernant la décision implicite de rejet du recours gracieux daté du 23 mars 2022 et adressé à l'officier du ministère public.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la notification des décisions de retrait de points :
5. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. En conséquence, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que les retraits de points en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Dans ces conditions M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retraits de points consécutives aux neuf infractions ayant conduit au solde négatif de sont permis de conduire, sont intervenues au terme de procédures irrégulières.
En ce qui concerne l'absence d'information préalable :
6. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.
7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.
8. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral que les infractions commises les 10 septembre 2019, 2 octobre 2019, 13 juillet 2021 et 18 novembre 2021 ont donné lieu à des amendes forfaitaires que le requérant a payées. La preuve de la délivrance des informations exigées par la loi résulte de la circonstance que le contrevenant n'a pu procéder à ces paiements qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Le requérant n'établit ni même n'allègue s'être vu remettre des avis inexacts ou incomplets.
9. L'administration produit à l'instance cinq attestations émanant de la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes établissant le recouvrement des sommes en paiement des amendes forfaitaires majorées correspondant à cinq autres infractions commises par le requérant : le paiement de 180 euros en deux fois en juin et juillet 2021 pour l'infraction commise le 23 juin 2019, le paiement de 375 euros en trois fois en juillet, août et septembre 2021 pour l'infraction commise le 22 novembre 2019, le paiement de 180 euros en novembre 2021 pour l'infraction commise 22 janvier 2020, le paiement de 180 euros en deux fois en mai et juin 2021 pour l'infraction commise le 1er avril 2020 et le paiement de 180 euros en juin 2022 pour l'infraction commise le 22 décembre 2020. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retraits de points consécutives aux neuf infractions ayant conduit au solde négatif de son permis de conduire, sont intervenues au terme de procédures irrégulières.
En ce qui concerne la réalité des infractions :
10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ;
11. Comme il a été dit au point 8 les infractions commises les 10 septembre 2019, 2 octobre 2019, 13 juillet 2021 et 18 novembre 2021 ont donné lieu à des amendes forfaitaires dont le requérant s'est acquitté et au point 9 que les infractions commises les 23 juin 2019, 22 novembre 2019, 22 janvier 2020, 1er avril 2020 et 22 décembre 2020 ont toutes fait l'objet d'émission de titres exécutoires pour les amendes forfaitaires majorées.
12. Cependant le requérant produit à l'instance un courrier daté du 23 mars 2022 adressé à " l'officier du ministère public près le contrôle automatisé " à Rennes et faisant part de sa contestation, en application de l'article 530 du code de procédure pénale, des infractions portées sur le bordereau des amendes et condamnations pécuniaires le concernant et mentionnant notamment les amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions commises les 23 juin 2019, 22 novembre 2019, 22 janvier 2020, 1er avril 2020 et 22 décembre 2020.
13. Toutefois il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. En l'espèce M. C n'établit pas, par le seul courrier du 23 mars 2022, que les cinq titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées émis suite aux cinq infractions en cause, ont été annulés. Par suite, la réalité de ces infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48SI " du 10 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. C pour solde de points nul, ainsi que les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 23 juin 2019, 22 novembre 2019, 22 janvier 2020, 1er avril 2020 et 22 décembre 2020 par le requérant, sont rejetées.
Sur les autres conclusions du requérant :
15. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation des décisions en litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La magistrate désignée,
D. ALa greffière,
L. Bourechak
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203832
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026