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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203841

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203841

vendredi 26 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 23 juin 2022, le 19 juillet 2022, le 5 août 2022, le 10 août 2022, le 24 août 2022 et le 25 août 2022, M. B, représenté par Me Schürmann, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 28 juillet 2022 portant refus de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 48 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ; à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est maintenu dans une situation de précarité administrative depuis près de 5 ans ; sa demande a été enregistrée le 16 juin 2020 sans que le préfet ne prenne de décision expresse relative à son droit au séjour ; cette situation lui a déjà fait perdre plusieurs opportunités d'emploi ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision en raison de l'incompétence de son signataire ; elle n'est pas motivée ; le document qui lui a été remis intitulé " attestation de dépôt ", ne saurait constituer le récépissé prévu par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais codifié à l'article L. 423-23 du même code ; elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet a procédé à l'instruction de sa demande de manière erronée car il s'agissait d'une demande de renouvellement de titre de séjour ; les faits de violence qui lui sont reprochés par le préfet n'ont jamais été commis ; en tout état de cause, ils ne constituent pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 29 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, eu rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2203842 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique M. A a lu son rapport et entendu Me Schürmann pour le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 1er janvier 2001, de nationalité burkinabé, est entré en France en 2017 alors qu'il était mineur. Il a obtenu un titre de séjour portant la mention étudiant le 17 juin 2019 valable jusqu'au 16 juin 2020. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 2 juillet 2020 et a demandé un changement du statut d'étudiant à celui portant la mention vie privée et familiale. Par la décision du 28 juillet 2022, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B demande la suspension de la décision de refus de séjour qui lui a été opposée.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le non-lieu :

4. Le préfet de l'Isère fait valoir qu'il a pris une décision explicite sur la demande de titre de séjour formulée par M. B, dès lors, les conclusions présentées à fin de suspension de la décision implicite portant rejet de cette demande seraient dépourvues d'objet. Toutefois, lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à cette première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin de suspension de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. En tout état de cause, M. B a redirigé ses conclusions à l'encontre de la décision du 28 juillet 2022 dans le dernier état de ses écritures. La présente instance n'ayant ainsi pas perdu son objet, il y a lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision contestée :

5. Les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative permettent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne l'urgence à statuer :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

7. En l'espèce, la seule circonstance que la décision litigieuse emporte refus de renouvellement du titre de séjour de M. B, qui réside sur le sol français depuis ses 17 ans sous couvert d'un titre de séjour et de nombreux récépissés de demande de titre de séjour, caractérise l'urgence de sa situation justifiant que le juge des référés soit saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

8. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. En l'espèce M. B est entré en France alors qu'il était mineur et a été confié à l'aide sociale à l'enfance en 2018. Il ressort des pièces du dossier qu'il a obtenu un CAP primeur en juillet 2020 et qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminé depuis le 1er septembre 2021 chez un primeur. De plus, il est père d'une petite fille de nationalité italienne habitant à Lyon avec sa mère, dont il est séparé. Il démontre participer à son entretien et lui rendre visite régulièrement. Dès lors, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.

10. Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 28 juillet 2022 précitée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B dans un délai d'un mois.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 par le requérant.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du préfet de l'Isère en date du 28 juillet 2022 portant refus de titre de séjour est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B dans un délai d'un mois.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Schürmann et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 26 août 2022.

Le juge des référés, Le greffier,

P. A Ph. MULLER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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