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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203845

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203845

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 5
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2022, Mme B A, représentée par

Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer l'inscription de non admission au fichier d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, n'a pas été précédée d'un examen effectif de sa situation et est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée compte tenu de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'est pas justifiée.

Le préfet de l'Isère a produit des pièces le 6 juillet 2022 qui ont été communiquées.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 12 juillet 2022 à 14 heures 30 au cours de laquelle la magistrate désignée a présenté son rapport et a entendu les observations de Me Mathis pour Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante kosovare, née le 15 octobre 1973, soutient être entrée en France le 23 septembre 2019. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 10 mars 2021, confirmée le 20 juillet 2021 par une décision de la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande de réexamen a été rejetée par l'OFPRA le 5 avril 2022. Par un arrêté du 16 juin 2022, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivé. Il ressort de ses termes que le préfet de l'Isère a examiné la situation personnelle de l'intéressée telle qu'elle avait été portée à sa connaissance. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés.

3. Le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. A la date de l'arrêté attaqué, Mme A était présente depuis moins de trois ans en France où elle n'a pas d'attaches familiales. Elle a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 21 septembre 2021 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble le 10 novembre 2021. Elle n'est pas dépourvue de liens familiaux et personnels dans son pays d'origine, pays où elle a vécu jusqu'à l'âge de 45 ans et où résident ses filles et ses soeurs. Par ailleurs, alors que l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile, la seule attestation de la psychologue clinicienne à l'ADA ne saurait établir la réalité et l'actualité de risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine qui l'empêcheraient de mener une vie privée et familiale normale. L'obligation de quitter le territoire français ne peut dès lors être regardée comme ayant porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts visés, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni comme étant entachée d'une erreur manifeste de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la décision fixant le pays de destination :

6. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un défaut de motivation en fixant le pays de destination.

7. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, Mme A n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

8. Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

9. Si Mme A soutient qu'elle risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine car elle a été exploitée sexuellement par son mari. Toutefois, la seule attestation de la psychologue clinicienne de l'ADA n'établit pas la réalité des risques personnellement encourus par la requérante dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile ni que les autorités kosovares seraient dans l'incapacité de la protéger si elle les sollicitait. Dès lors, et même si elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant le pays de destination.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

10. Pour prononcer une interdiction de retour d'une durée d'un an, le préfet de l'Isère a visé les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a relevé que Mme A a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 21 septembre 2021 confirmée par le tribunal administratif le 10 novembre 2021, que si elle déclare être entrée en France le 23 septembre 2019, ce temps de présence est essentiellement lié au traitement de ses demandes de protection internationale et qu'elle ne justifie pas d'attaches personnelles ou familiales en France alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 45 ans dans son pays d'origine. Dès lors, le préfet de l'Isère a suffisamment motivé sa décision.

11. Il résulte de ce qui précède que, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour.

12. Le préfet de l'Isère a pu, sans entacher sa décision d'illégalité, considérer qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an pouvait s'appliquer à Mme A eu égard à sa situation personnelle et familiale telle que décrite précédemment. Par suite, et alors même qu'un recours devant la CNDA est pendant et qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le moyen tiré de l'absence de nécessité de cette mesure doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :

Article 2 :

Article 3 :Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

La requête de Mme A est rejetée.

Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La magistrate désignée,

E. Barriol

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203845

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