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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203848

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203848

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL ABOUDAHAB

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 23 juin 2022 sous le n°2203848, M. C A, représenté par Me Aboudahab, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision n'est pas motivée.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 septembre 2022 et le 17 décembre 2022 sous le n°2205851, M. C A, représenté par Me Aboudahab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et, en toute hypothèse, de lui délivrer dans les trois jours une autorisation provisoire de séjour d'une durée de trois mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Aboudahab, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né en 1981, déclare être entré sur le territoire français le 16 août 2015. Par une décision du 20 octobre 2016, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours formé à l'encontre de la décision du 29 février 2016 par laquelle l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile. Le 24 novembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " ou son admission exceptionnelle au séjour. Le 28 février 2022, il a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Par un arrêté du 29 juillet 2022, le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par les présentes requêtes, M. A demande l'annulation de cette décision implicite et de cet arrêté.

2. Les requêtes n°2203848 et n°2205851 présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur le refus implicite de titre de séjour :

3. M. A ayant fait l'objet d'un refus explicite de titre de séjour par l'arrêté du 29 juillet 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de refus.

Sur l'arrêté du 29 juillet 2022 :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent, en particulier les éléments constitutifs de la situation personnelle de M. A. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait insuffisamment motivé ni que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. [] ".

6. M. A soutient qu'il est marié depuis le 28 octobre 2017 avec une ressortissante française, qu'ils justifient d'une vie commune, qu'elle est reconnue handicapée et qu'elle a besoin de lui pour l'assister au quotidien. Toutefois, la circonstance que son épouse soit atteinte d'un handicap et la production d'un certificat médical du médecin psychiatre suivant l'épouse de M. A et attestant que celle-ci indique régulièrement, lors des entretiens médicaux, l'importance de la venue dans sa vie de son époux pour son équilibre psychique ne suffisent pas à considérer que l'admission au séjour de M. A répondrait à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels. Par ailleurs, la circonstance que M. A a été adjoint d'animation à temps partiel d'octobre 2019 au 31 janvier 2020 et qu'il justifie d'une promesse d'embauche en date du 28 octobre 2021 ne suffit pas plus à considérer que son admission au séjour se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

8. M. A soutient que son épouse est handicapée, qu'ils justifient d'une vie commune depuis 2015 et que contrairement aux allégations du préfet de l'Isère, il est séparé de sa première épouse ainsi qu'il ressort du jugement de divorce versé aux débats. M. A soutient également que ses deux enfants ont été confiés à la garde exclusive de leur mère et qu'il fait preuve de capacités d'insertion socio-professionnelle en ayant exercé une activité d'animateur périscolaire pour le compte de la mairie de Grenoble qui confirme sa volonté de le réembaucher. Toutefois, la durée de présence en France de M. A tient essentiellement à son maintien irrégulier sur le territoire français malgré les mesures d'éloignement dont il a fait l'objet en premier lieu le 27 juillet 2017, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 8 février 2018 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 20 novembre 2018, en second lieu le 16 février 2018 et enfin le 16 octobre 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 12 mars 2020.

9. Par ailleurs, il ne pouvait ignorer qu'il était dans une situation incertaine lorsqu'il a débuté sa vie familiale avec son épouse sur le territoire français et alors qu'aucun enfant n'est né de leur union, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses deux enfants mineurs issus d'une précédente union ainsi que son père, son frère et une de ses deux sœurs. Enfin, la seule circonstance que M. A a été adjoint d'animation à temps partiel d'octobre 2019 au 31 janvier 2020 et qu'il justifie d'une promesse d'embauche en date du 28 octobre 2021 ne suffit pas à justifier d'une intégration particulière sur le territoire français. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

12. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, une quelconque somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A aux fins d'annulation du refus implicite de titre de séjour.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Aboudahab et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Letellier, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le président-rapporteur,

J.-P. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. Hamdouch

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203848-2205851

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