vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203865 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BALESTAS DURAND GRANDGONNET MURIDI & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2022 et 8 juillet 2022, M. C, représenté par la Selarl Balestas Durand Grandgonnet Muridi et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 avril 2022 par laquelle la société Orange a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de sa pathologie et de lui attribuer une rente viagère ;
2°) d'enjoindre à la société Orange de reconnaître sa pathologie comme une maladie imputable au service et de lui attribuer une rente viagère d'invalidité dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la société Orange une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- les " affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes " figurent dans le tableau des maladies professionnelles, établissant ainsi une présomption ;
- il a travaillé de 1980 à 2004 en qualité d'agent de relève, travail qui impliquait le port de charges lourdes, en l'occurrence une échelle de 35 kg, sans aucune aide extérieure, en zone urbaine, rurale et de montagne, avec déplacement sur de longues distances sur terrain accidenté ; qu'il a souffert de lombalgies en 1974 et a subi quatre accidents du travail en lien avec son dos et à l'origine de lombalgies chroniques ;
- malgré l'avis contraire du médecin agréé, il produit plusieurs pièces médicales permettant d'établir un lien direct et certain entre sa pathologie et son activité professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, la société Orange, représentée par Me Aversano, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que le service de retraite de l'Etat soit appelé à la cause ;
3°) à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est motivée et l'avis de la commission de réforme cité a été notifié à l'intéressé le même jour ;
- la demande de reconnaissance de maladie professionnelle est prescrite : la première constatation médicale de sa hernie discale et de sa lombalgie chronique droite date de 1988 alors que la demande devait être effectuée dans les quatre ans ;
- le requérant ne conteste pas utilement l'expertise du 25 janvier 2022 et l'avis de la commission de réforme du 14 avril 2022 et n'établit pas de lien direct et certain entre son état de santé et les conditions d'exercice de son travail ;
- il n'existe pas pour les fonctionnaires d'Etat de présomption d'imputabilité même lorsque la maladie de l'agent figure dans l'un des tableaux des maladies professionnelles de l'article L. 461-2 du code de la sécurité sociale ;
- il ne relève d'aucun des travaux limitativement énumérés par le tableau relatif à la maladie professionnelle n° 98 ;
- les conclusions visant au versement d'une rente pour invalidité ne sont pas recevables, car elles relèvent de la compétence et de l'appréciation du service des retraites de l'Etat.
Par ordonnance du 30 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Callot, rapporteur,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public,
- les observations de Me Leurent représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, agent de la Poste puis de France Télécom de 1963 à 2004, année de son départ à la retraite, souffre de lombalgies chroniques et d'une sciatique. Les 23 février et 26 mai 2021, il a demandé la reconnaissance du caractère professionnel de ses pathologies ainsi que l'attribution d'une rente viagère d'invalidité. Sur le fondement d'un avis médical du 25 janvier 2022, la commission de réforme a rendu le 14 avril 2022 un avis défavorable à l'imputabilité au service de la pathologie. Par une décision du 25 avril 2022, notifiée le 29 avril 2022, la société Orange, qui a succédé à France Télécom, a refusé la prise en charge de sa lombalgie au titre des maladies professionnelles.
2. Dans la présente instance, M. C sollicite d'une part que sa pathologie soit reconnue comme une maladie professionnelle imputable au service et d'autre part que lui soit attribuée en conséquence une rente viagère d'invalidité.
Sur l'étendue du litige :
3. Aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil radié des cadres dans les conditions prévues à l'article L. 27 a droit à une rente viagère d'invalidité cumulable, selon les modalités définies à l'article L. 30 ter, avec la pension rémunérant les services. " L'article L. 31 dispose que : " La réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions sont appréciés par le conseil médical mentionné à l'article L. 28 selon des modalités qui sont fixées par un décret en Conseil d'Etat. / Le pouvoir de décision appartient, dans tous les cas, au ministre dont relève l'agent et au ministre des finances. "
4. Il résulte de ces dispositions que le pouvoir de décision en matière d'allocation de la rente viagère d'invalidité litigieuse est partagé entre le ministère dont relève l'agent et le ministre des finances, dont les services sont en particulier chargés de la liquidation de la rente. Ainsi, une décision par laquelle un employeur reconnaît l'imputabilité au service d'une maladie professionnelle n'implique pas qu'il octroie la rente mais seulement qu'il soumette le dossier au ministre de l'action et des comptes publics, également décisionnaire et en charge de la liquidation.
5. Par suite, si la décision par laquelle la société Orange refuse de reconnaître l'imputabilité au service exclut le versement d'une telle rente, elle ne constitue pas un refus de celle-ci ainsi que le fait valoir cette société en défense. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'appeler à la cause le service des retraites de l'Etat, les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de rente, inexistant, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le refus d'imputabilité au service de la pathologie :
En ce qui concerne la prescription de la demande
6. Si la société Orange soutient que la demande de reconnaissance de maladie professionnelle de M. C est prescrite dès lors que la première constatation médicale de sa hernie discale et de sa lombalgie chronique droite date de 1988, les dispositions de l'article 32 du décret n° 86-442, dont elle se prévaut, s'appliquent uniquement aux congés de longue durée.
7. En l'espèce, M. C a demandé que sa maladie soit reconnue imputable au service afin d'obtenir une rente viagère d'invalidité sur le fondement du deuxième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite qui prévoit notamment que : " Le droit à cette rente est également ouvert au fonctionnaire retraité qui est atteint d'une maladie professionnelle dont l'imputabilité au service est reconnue par la commission de réforme postérieurement à la date de la radiation des cadres, dans les conditions définies à l'article L. 31 () ". Ces dispositions, qui ne comportent aucune restriction quant à l'origine des maladies professionnelles qu'elles mentionnent, prévoient que peuvent prétendre au bénéfice d'une rente viagère d'invalidité les agents atteints d'infirmités résultant des séquelles d'un accident de service, apparues tardivement et reconnues comme imputables au service après radiation des cadres.
8. Par suite, la société Orange n'est pas fondée à opposer à M. C la prescription de sa demande.
En ce qui concerne la légalité du refus opposé
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête
9. Aux termes du IV de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 susvisé dans sa version en vigueur à la date de la demande d'imputabilité : " IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions./ Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. " Le tableau n° 98 de l'annexe II du code la sécurité sociale visée par son article L. 461-1 concerne les " Affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes ".
10. Afin de bénéficier d'une rente viagère d'invalidité et de la prise en charge de ses frais médicaux, M. C a demandé le 26 mai 2021 que la lombalgie chronique avec hernie discale et épisodes de sciatalgies et cruralgies, dont il souffre, soit reconnue imputable au service. Il fait valoir, d'une part que de 1980 à 2004, en qualité d'agent de relève, son travail impliquait le port régulier de charges lourdes et notamment d'une échelle de 35 kg et d'autre part, qu'il a été victime de plusieurs accidents du travail, dont une chute depuis une échelle intervenue le 24 février 1988. Il a également produit à l'appui de sa demande un certificat du docteur B du 23 février 2021 indiquant que " ce type de vie durant plus de trente ans a abimé son dos de manière tout à fait imputable à l'activité professionnelle ".
11. Toutefois, pour refuser l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle au motif que " les critères d'imputabilité de la maladie professionnelle n°98 ne sont pas réunis ", la société Orange s'est uniquement fondée sur l'accident survenu le 24 février 1988. Au demeurant, il en a été de même dans le cadre de l'instruction de cette demande. Dans son rapport du 25 janvier 2022, le médecin expert conclut qu'il est " bien difficile d'établir un lien de causalité entre cette chute apparemment bénigne et l'évolution délétère de ce rachis dégénératif " pour en déduire qu'il " n'existe aucun argument pour établir une maladie professionnelle n° 98 ". Selon les termes de son avis du 14 avril 2022, la commission de réforme n'a examiné que la " maladie professionnelle du 24/02/1988 " alors même qu'elle disposait de l'intégralité du dossier médical de M. C, dont le certificat du docteur B.
12. M. C est ainsi fondé à soutenir que, dans l'examen auquel elle a procédé au regard des dispositions précitées, la société Orange a dénaturé sa demande en omettant d'examiner le lien entre ses conditions de travail pendant 24 années et sa pathologie. Par suite, cette décision refusant l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle doit être annulée.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction
13. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
14. Eu égard au motif d'illégalité retenu par la présente décision, l'annulation prononcée implique seulement d'enjoindre à la société Orange de réexaminer la demande dont elle a été saisie par M. C dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge de M. C, qui, dans la présente instance, n'est pas la partie perdante. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions au profit de M. C et de mettre à la charge de la société Orange une somme de 1 500 euros à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 25 avril 2022 par laquelle la société Orange a refusé de reconnaitre la pathologie de M. C comme une maladie professionnelle imputable au service est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la société Orange de réexaminer la demande de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : La société Orange versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la société Orange.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Callot et M. Ban, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.
Le rapporteur,
A. Callot
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026