Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203884

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, M. B C D, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C D soutient que la décision :

- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est insuffisamment motivée ;

- est viciée en l'absence d'examen sérieux de sa situation administrative ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- est entachée d'erreur de droit dès lors qu'une obligation de quitter le territoire français exécutoire, assortie d'une interdiction de retour, ne suffit pas à caractériser le caractère abusif ou dilatoire de la demande de titre de séjour.

Le préfet de l'Isère, à qui la requête a été communiquée, n'a produit aucun écrit en défense.

M. C D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portal,

- et les observations de Me Huard, substitué par Me Marcel pour M. C D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant tunisien, âgé de trente ans, est entré sur le territoire français le 6 novembre 2017. De son union avec une ressortissante portugaise, Mme E, est né M. A F C D, le 15 novembre 2020, à Saint-Martin-d'Hères. M. C D a ensuite épousé cette dernière, le 18 septembre 2021, à Grenoble. Il s'est présenté à la préfecture de l'Isère, le 17 juin 2022, pour déposer un titre de séjour en qualité de membre de famille de ressortissants de l'Union européenne mais il a fait l'objet d'un refus d'enregistrement de sa demande en raison de l'existence d'une décision d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour sur le territoire français. Il demande alors l'annulation de la décision orale de refus d'enregistrement de sa demande et de refus de lui délivrer le récépissé de dépôt de cette demande.

2. Aux termes de l'article R.431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande ". Ainsi, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

3. Pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C D, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Or, il résulte des dispositions précitées que le préfet ne pouvait, sur ce motif, refuser d'enregistrer sa demande et de lui en délivrer récépissé. En l'espèce, il n'est pas contesté que, d'une part, le dossier de demande de titre de séjour produit par M. C D, comportant notamment la fiche de renseignements, la preuve du paiement du timbre fiscal et les papiers officiels de son épouse et de son fils, était complet à la date du rendez-vous en préfecture le 17 juin 2022. D'autre part, compte tenu des pièces justificatives produites telles que les cartes d'identité portugaises de son épouse et de son fils, la demande de titre de séjour en qualité de membre de famille d'un ressortissant d'un citoyen de l'Union européenne ne présentait pas de caractère abusif. Par suite, en refusant l'enregistrement de sa demande, le préfet de l'Isère a méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et doit donc être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

5. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C D et de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 233-1 4°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. M. C D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du 17 juin 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B C D et de lui en délivrer récépissé est annulée.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C D et de lui en délivrer un récépissé dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :

Article 4 :

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

L'Etat versera à Me Huard la somme de 900 euros au titre des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Le présent jugement sera notifié à M. B C D, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère

Mme Portal, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

N. Portal

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.